Les dessous d’une "certaine société civile"

mardi 8 mai 2007 par Arimi Choubadé

Les dessous d’une « certaine société civile »

Mon doyen Roger Gbègnonvi n’a visiblement pas manqué sa tentative de crédibilisation d’une rumeur. Il doit avoir remarqué le franc succès de son essai du vendredi dernier. Les accrocs de lecture comme moi ne pouvaient pas se priver de ce brûlot exceptionnel destiné à préserver les honneurs bafouées de « La Pasionaria » Rékiya Madougou et du chef de l’Etat. Le parallélisme entre les attelages Clinton-Lewinski et Magougou-Yayi Boni n’a laissé personne indifférent.

Un confrère se demandait à juste titre si l’objectif était de nous informer ou de nous mettre en garde contre la faiblesse de croire en ces frasques imaginaires. Je pencherai pour les deux hypothèses simultanément avec une préférence pour la première. Bien que grands consommateurs de rumeurs, de nombreux journalistes ont découverts cette affaire à l’aune de la plume 7 fois trempée du célèbre chroniqueur de La Nouvelle Tribune. Les locuteurs en fongbé (dont certainement mon éminent doyen) savent que l’injure est attribuée à celui qui la rapporte. Dans le cas précis c’est Roger Gbégnonvi qui rapporte que les Béninois soupçonnent des atomes crochus entre Rékya Madougou et Yayi Boni.

Les citoyens du Bénin n’inventent rien en se préoccupant de ce qui se passe en dessous de la ceinture de leurs princes et princesses. La plume très docte de notre universitaire rappelle fort justement les turpitudes de cet illustre occupant de la maison blanche qui a failli être destitué par les élus du peuple du fait de ses extra. C’est vrai que sous les tropiques la virilité (ou plutôt la virulence sexuelle) peut être un atout pour un chef. Cela aurait dû rester l’exclusivité de dame rumeur sans que la presse élitiste n’en fasse le relais.

Les Béninois se posaient moult questions sur l’extinction d’une grande partie de la clameur publique face à la dégradation continue de la vie de tous les jours. Les députés se font chasser de l’hémicycle en direct sur les écrans de télévision ; un autre élu de la nation se morfond en détention préventive sans que son immunité ne soit levée ; les responsables de l’énergie sont tous réquisitionnés pour cause de campagne électorale pendant que le délestage bloque tous les circuits de production dans le pays ; le réseau de téléphonie mobile s’installe dans une instabilité indescriptible. Tout cela pendant que les veilleurs de conscience autoproclamés se font caser un à un par le pouvoir en place. Les fantasmes légitimés par les écrits de presse viennent en rajouter à ce ragoût infect.

Le processus de victimisation d’une « certaine société civile » ne se donne aucune limite. Plus c’est gros plus ça passe. Il y a beaucoup à gagner à s’émouvoir devant le cas de La Pasionaria persécutée, diffamée, insultée par un peuple pour qui elle a tant sacrifié. La défendre devient presque un acte de salut public. Même si au passage, doutes et suspicions se transforment en quasi certitudes – puisque c’est le professeur qui en parle. A l’appui de classiques ecclésiastiques et savants. Pourquoi ne pas recourir à Jeanne d’arc.

Pour la gouverne de cette « certaine société civile », il faut rappeler que le Bénin n’est pas un peuple d’irrévérencieux. Il sait reconnaître les siens. Les gens n’ont pas besoin de se faire récompenser à Washington pour des bienfaits réalisés ici sur place à Cotonou. Jusqu’à preuve du contraire nous détenons le monopole du cœur et de la chaleur humaine malgré la rareté matérielle dans laquelle vit l’écrasante majorité de nos concitoyens.
Si le régime doit se méfier de quelque chose c’est bien de la multiplicité des coupeurs de têtes qui se proposent de se rendre justice que de rendre justice.

Par Arimi Choubadé
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