La preuve par le Togo et le Burkina

mardi 8 mai 2007 par Arimi Choubadé

Les élections du développement. Celles qui font rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. Le refrain est désormais bien rôdé. Un certain Cosme Sèhlin, dernier argentier de Kérékou, peut se vanter d’un brevet sur le sujet. C’est lui qui a eu l’ingéniosité d’opposer la démocratie à la nécessité de faire des économies à l’Etat en 2006. Les scrutins les plus crédibles seraient ceux qui coûtent moins chers. Les chantres du changement n’ont pas eu besoin de se creuser les méninges pour s’approprier ce postulat. Ils lui ont même trouvé des additifs assez croustillants inspirés des modèles togolais et burkinabé. Des références dont sont friands les membres du gouvernement Yayi Boni.

Comme au Togo et au Burkina, les nôtres veulent voir les urnes « emportées » par les militaires. Au nom de bénéfices éventuels à réaliser sur le budget de l’organisation des élections. De quoi édifier des hôpitaux, des écoles, des pistes rurales, des crèches, des orphelinats. De l’emploi pour les jeunes et de la satisfaction des revendications des travailleurs et des paysans. Et le ministre Koupaki d’adopter son air le plus candide pour s’engouffrer dans le raccourci. Surtout qu’au finish, il y a quelques incrédules à attendrir en cette veille de législatives.

Je veux bien voir la tête de Robert Ménard de Rsf lorsqu’il s’apercevra que le gouvernement béninois s’évertue à copier le manuel de gouvernance en vogue à Lomé et à Ouagadougou. Le reniement en règle de la première place du Bénin en matière de liberté de presse en Afrique. Comme Kérékou qui refusa d’abriter les négociations Ue/Acp par solidarité à Gnassingbé père, on veut tronquer l’originalité démocratique contre le toc voisin.

Le docteur-président a certainement beaucoup appris au contact du modèle togolais une décennie durant. On parle même d’affinités dont l’opposition togolaise fait des gorges chaudes régulièrement. Ce modèle-là recèle sûrement de subtilités vertueuses que le vulgaire des Béninois ne perçoit pas immédiatement. Niaisement, de loin, on observe, néanmoins, très distinctement, le démarrage en trombe d’un militaire urne sous le bras lors de la dernière présidentielle, les courses poursuites entre militaires et militants supposés de l’opposition, les palabres inter-togolais qui perdurent depuis 1993, les sanctions de l’Ue. Au final, le compteur affiche plusieurs centaines de tués à l’avènement de l’héritier au palais de Lomé II et d’autres milliers qui ont pris la direction du Bénin et du Ghana. Le choix est facile à faire entre des élections coûteuses et les assassinats politiques, le musellement des institutions, le pouvoir érigé en patrimoine familial, les exils.

On ne peut pas avoir vu le comportement des militaires par rapport au processus électoral au Togo et leur comportement en Guinée et ne pas comprendre les appréhensions des membres de la Cena. L’intrusion de la soldatesque dans le débat politique à quelque niveau que ce soit n’a jamais été une source de garantie pour la quiétude générale. L’histoire du Bénin est remplie de ces anecdotes douloureuses dont l’armée porte l’entière responsabilité.

D’un point de vue légal, Akpinkou, tout puissant président de la Cena qu’il est, ne saurait avoir la moindre prise sur des militaires. Leur chef suprême constitutionnellement reconnu demeure le chef de l’Etat qui se trouve être très impliqué dans le positionnement de ses Cauris. Or on sait que pour un militaire, entre le respect de la hiérarchie et les prérogatives du président de la Cena, il y pas photo.
A moins que

Par Arimi Choubadé
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