Le refuge du tout politique

jeudi 24 mai 2007 par Arimi Choubadé

N’oser surtout jamais une réflexion sur une probable absence d’un programme de gouvernement. Les foudres de Dieu-changement vous emportent sur le champ. Une injure selon le docteur-président qui ne jure que part sa vision d’un Bénin émergent. Roland Riboux, un industriel français établi à Cotonou connaît parfaitement ce que cela coûte de vouloir jouer aux prêteurs d’idées à un pouvoir, élu de la providence.
Il y a néanmoins une question simpliste qui trotte dans la tête de beaucoup de Béninois sur les aptitudes du pouvoir selon qu’il fait face à des préoccupations politiques, ou économiques. A défaut d’obtenir une majorité absolue aux dernières législatives, la Fcbe chérie du chef de l’Etat a récolté 35 élus plus, près d’une vingtaine de procurations afin de réaliser la majorité du perchoir. On a beau se perdre en conjecture sur ce qui se serait passé à l’intérieur de la prison parlementaire attenante au palais des gouverneurs à Porto-novo où de nombreux députés ont été enfermés lors du vote du bureau avec pour gardien chef le ministre de la Défense en personne. En tout cas, çà a marché.
On pourrait évoquer d’autres succès politiques comme l’invalidation des recours contre l’élection d’un ou deux repris de justice sur la liste soutenue par le chef de l’Etat. Et même du recours en invalidation de l’élection du bureau de l’Assemblée nationale. En économie par contre ce sont les insuccès qui s’égrènent. Le coton, l’énergie électrique, l’éducation nationale, la santé, la diplomatie. Sur ce dernier point le brûlot de Jeune-Afrique l’Intelligent paru la semaine dernière traduit l’échec de la parade internationale du cortège présidentiel sensé vendre l’image du Bénin, et qui a coûté plus de 100 milliards au contribuable en moins 8 mois.
Curieux que le banquier-président puisse réaliser ses meilleures performances sur le terrain politique plutôt que sur celui de l’économie. Les références aux modèles chinois, burkinabé, togolais ou malaisien plutôt qu’à ceux français, allemand, américain ou japonais continuent de jeter l’émoi chez les puristes de l’économie de marché qui en perdent leur latin. La preuve que pendant les 5 ans du changement il sera question abondamment de politique, de politique et de politique…
Sitôt la parenthèse des législatives fermée, revoilà les caravanes présidentielles à l’assaut des communales sur fond de discours musclés sur une éventuelle punition à infliger aux municipalités insoumises et de nervosité macabre de la garde présidentielle. Alors que le premier tour du scrutin proprement dit est prévu pour décembre 2007. Une option aux allures d’une fuite en avant tendant à confirmer une certaine absence de visibilité dans la résolution des problèmes au quotidien des Béninois.
Les citoyens auraient pu applaudir cette passion pour la conquête de tous les pouvoirs si cela servait au moins à relever le niveau du débat. Personne n’a entendu l’évocation du moindre chantier législatif durant toute la campagne de la très présidentielle alliance Fcbe. Les électeurs ne disposent d’aucun repère d’évaluation en fin de mandat. On a beaucoup parlé de transport de matériels électoraux par l’armée, de report des élections, de disparition de la « vielle » classe politique, de braquage du cortège présidentiel.
De la même manière qu’on fait très peu cas des écueils de la décentralisation, de transfert de compétences et de ressources en cette pré campagne pour les communales.
Courez toujours, 2011 puis 2016 çà passe vite !

Par Arimi Choubadé
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