De la gratuité à la liquidation

jeudi 24 mai 2007 par Arimi Choubadé

La machine à idées du changement s’abreuve goulûment, sans retenue, à la source de la révolution. Un engagement civique, patriotique (et révolutionnaire) pour pallier la carence d’enseignants dans les écoles et d’infirmiers dans les dispensaires. Beaucoup de rejetons de la fameuse génération sacrifiée de la belle époque du « tout cadre est enseignant » s’en souviennent encore comme si c’était hier.
On avait visiblement sous-estimé l’impact du traumatisme causé par les années Ubf sur nos nouveaux princes. Les urgences se bousculent sans qu’on puisse les ordonner au risque de tomber dans la paranoïa. Le « tout cadre est enseignant » peut être ressuscité avec les déviances imaginables. Par contre le « tout cadre est infirmier » reste à inventer. Si l’Etat peut trouver à puiser dans la formidable réserve de soignants formés mais réduits à l’oisiveté, il n’en est pas de même pour les enseignants. La revendication insatisfaite de réouverture des écoles de formation d’instituteurs ou de professeurs de collèges date de plus d’une décennie. Or, il faut faire quelque chose et vite.
Aucun honnête homme ne saurait reprocher au docteur-président de tout tenter pour sortir l’école déjà moribonde du processus de déchéance qui l’entraîne vers l’abîme. Sauf que la solution proposée rappelle trop de mauvais souvenirs pour recueillir l’adhésion spontanée. On se souvient de ces blancs-becs qui débarquent dans les campagnes avec pour unique bagage pédagogique l’art de conter fleurette aux petites apprenantes, l’ascendance hiérarchique aidant. La débauche scolaire dont les effets minent encore le système éducatif béninois prend ses racines à cette époque-là. Des inexpérimentés dans les classes à l’heure du professionnalisme et de la revalorisation de la fonction enseignante ! Cela fait vraiment désordre.
En ce qui concerne les acteurs de la santé, il existe des motifs d’espérer lorsqu’on considère tous ceux diplômés des écoles en quête d’emploi. Mais là aussi, la remise à niveau des anciens reconvertis aux travaux champêtres et au taxi-moto constitue un autre chaînon du problème. Sans oublier que les écoles de formation d’infirmiers ont entrepris, de leur côté, depuis quelques années, de fermer leurs portes une à une. Un processus qui a commencé par la fermeture des centres privés sur décision de leur ministère de tutelle.
Comment ne pas voir la grogne qui monte déjà du côté des syndicalistes qui redoutent une inflation dans la précarité ? Car il faut bien que les jeunes recrues civiques et patriotes vivent durant la période de leur ministère. En mai 2007, leurs aînés utilisés comme contractuels se plaignent de ne pas avoir été payés depuis novembre 2006. Un salaire de misère. Certains n’osent même pas se mettre en location tout seul. Il faut se mettre à plusieurs afin de se donner un gîte inondé 6 mois sur douze.
Apparemment, la vision éclairée du guide suprême du changement a du mal à venir à bout des réalités. Il voulait l’école et les soins gratuits pour les enfants. Il découvre qu’il n’y a ni enseignant ni infirmier en nombre suffisant pour y parvenir. Il propose d’en recruter en quantité (sans qualité) et à bon marché. Les dents grincent.
Heureusement qu’il y a beaucoup de croyants au palais de la Marina, puisqu’il ne reste qu’à prier.

Par Arimi Choubadé
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