Je veux comprendre

jeudi 24 mai 2007 par Arimi Choubadé

Quelqu’un peut-il expliquer la majorité fabriquée au palais des gouverneurs le 05 mai 2007 ? J’ai cru lire dans un pamphlet inspiré par le docteur-président que les responsables politiques ont désormais l’obligation de rendre compte. Le moment est donc venu d’éclairer les Béninois sur le retour en grâce des honorables Issa Salifou, Rachidi Gbadamassi et bien d’autres. Il suffit de revisiter quelques sites de propagande pour se rendre compte de tout le bien que le régime pense de ces hommes.
Qu’on me dise en quoi Mathurin Nago diffère de la « vieille » classe politique vouée aux gémonies depuis l’avènement du changement. Les rentiers de la société civile ne connaissent certainement pas le pedigree politique du chouchou du pouvoir pour le perchoir. Sans être un transhumant, il a néanmoins transité par l’Uds, le Psd et l’Upd Gamèsou avant de s’essayer au conglomérat Fcbe. Certains parlent même d’un flirt (à vérifier) avec le Prd de Me Adrien Houngbédji.
Pour une majorité de 46/83 il a fallu recourir à une quinzaine de procurations. Les élagages n’ont pas épargné le cercle de la Fcbe réputé pour être un haut lieu de piété malgré la présence de quelques pécheurs repentis. Pourtant, les votants se sont permis quelques fantaisies lors du vote à bulletins secrets au sein de l’hémicycle. Ce qui justifie la majorité sinusoïdale qui a porté le schéma du chef de l’Etat. Tantôt à 45 tantôt à 46, un coup à 50 et un autre 51 etc. Une législature qui débute avec cette forte fièvre de parlement buissonnier.
Qu’on me dise surtout ce qui a motivé Saley à se désolidariser de ceux qui lui ont évité une déchéance inéluctable à deux mois de la fin de son précédent mandat de député. Il serait encore en train de limer ses dents contre la prison civile de Cotonou à l’instar de l’autre tout-puissant Séfou Fagbohoun. Renouvellement de mandat ou pas. La théorie sur une pseudo solidarité entre fils du nord me parait un peu trop tirée par les cheveux – le perchoir a été acquis avec la totalité des députés des 4 départements du septentrion.
Ce raccourci se justifiait à l’époque où cette partie du pays ne comptait que quelques intellectuels obligés de se souder les coudes pour exister. Les données ont changé et les problèmes ont tendance à se confondre selon que l’on est originaire de l’Atacora ou de l’Ouémè. Partout, la misère a la même couleur et les mêmes senteurs. Chômage, précarité, pauvreté, exode et bientôt émigration à échelle sahélienne. Par ailleurs, à eux seuls, les élus du nord ne peuvent s’offrir le perchoir.
Chacun devait méditer sur les moyens par lesquels un régime est en mesure de faire abdiquer un élu du peuple. N’oublions pas que des régions entières n’ont pas retrouvé leurs élus à l’occasion d’un vote aussi important que l’élection du bureau de la deuxième institution du pays. L’esprit de la proportionnelle introduit dans les législatives s’est vu ainsi dévoyé de la manière la plus abjecte. Le secret de vote lui aussi a connu pires turpitudes à travers une tonitruante prestation de serment des 46 présumés de la majorité.
Si quelqu’un qui bénéficie de suffrages universels directs n’est pas à l’abri du chantage, qu’en sera-t-il de simples chroniqueurs comme nous. Comme dans tout processus d’accaparement de tous les pouvoirs, le forcing du 05 mai n’est qu’une étape. Presque toujours au détriment du mieux-être du plus grand nombre.
Serrez vos ceintures !

Par Arimi Choubadé
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