Le changement se vit mal

jeudi 24 mai 2007 par Arimi Choubadé

L’autre voulait rectifier le changement. Certainement pas la vision, solidement incrustée dans la personne de l’homme du 06 avril 2006. Le mode de fonctionnement, par contre, ne cesse de défrayer la chronique. Pas de jour où un associé ne se plaint d’une monnaie de singe, d’une déception, d’un mépris ou d’un complot. Le non respect de signature fait désormais partie du décor. Les histoires de procuration et de positionnement en marge de la bataille de positionnement pour le perchoir illustre à souhait cette psychose du quotidien.
Il est de la responsabilité des politiques de prendre langue. Ils ont pu se parler entre les deux tours de la présidentielle afin de s’entendre sur un minimum – indépendamment des grands écarts du lendemain de la victoire. C’est vrai que les coupeurs de têtes se recrutent généralement dans l’entourage du chef. Le régime du changement n’a pas échappé à cette partie de l’histoire nationale. Le fameux syndrome du Migan – ancien ministre de la justice du roi et chargé de trancher la tête aux ennemis du royaume.
Transposé aux réalités du renouveau démocratique, le syndrome frappe le plus souvent les courtisans jaloux de leurs postes. Ces derniers considèrent tous les amis extérieurs du chef comme des concurrents à abattre. Ce n’est pas un hasard si toutes les théories appelant à la nécessité de l’existence de l’opposition émanent des conseillers, des chargés de mission et autres auxiliaires de la présidence de la République. La naissance de cette opposition providentielle réduirait le nombre de convives à la mangeoire. Le processus de diabolisation de la supposée vielle classe politique concours à cette stratégie de réduction du cercle des courtisans.
Il suffit de promettre une longévité au pouvoir pour se faire permettre tous les abus. Cette guéguerre nombriliste a pour vertu cardinale de protéger les arrières. La traversée du désert est si dure et si épuisante. Plusieurs y ont laissé âmes et convictions en 10 ans d’opposition irréductible à Kérékou. Pour les populations le bilan se passe de commentaire.
Le nombre d’années passées au pouvoir demeure un détail négligeable dans la vie d’une nation aussi éprouvée que la béninoise. Les dirigeants passent et repassent mais l’entité Etat reste avec sa misère. Kérékou dans sa retraite paisible ne peut manquer de verser des larmes ne serait-ce que sur une partie de son passé. On attend de lire ses mémoires pour y découvrir ses engagements envers la prospérité de son peuple. On connaît la situation d’embellie économique du Bénin en 1996 lorsqu’il revenait aux affaires et la situation de chaos qu’il a laissée en 2006. Cet exercice de comparaison rend complètement ridicule les luttes de clochés qui se développent autour de Yayi Boni.
Il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées pour susciter l’adhésion populaire. Tout le monde sait que la gratuité de l’enseignement et de la santé pour les plus petits, la consolidation de la filière coton, l’amélioration de l’image du Bénin à l’extérieur, l’énergie et consorts sont des actes de grande humanité. Ils concourent à l’amélioration des conditions de vie d’une large partie de la population. Leur pertinence se noie, par contre, dans des desseins électoralistes destinés à dresser une partie du peuple contre l’autre.
Un pays qui importe jusqu’à l’aiguille a mieux à faire que de compter chaque jour les amis du président d’un côté et ses adversaires de l’autre. L’action publique qui ne se nourrit que de conquêtes perd en générosité et en humilité.
Le changement a mieux à faire que d’alimenter la peur du lendemain.

Par Arimi Choubadé
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