La démocratie et le danger

vendredi 25 mai 2007 par Arimi Choubadé

Le système serait très menacé. A en croire de nombreux candidats aux législatives. Des sauveurs autoproclamés de la démocratie. Qui voient le mal partout. La psychose n’épargne visiblement aucun camp. Le chef de l’Etat en personne et sa troupe ne finissent pas de voir le mal partout. Chaque étape du processus électoral serait jonchée d’entourloupes, de fraudes et de trucages. La terre entière en voudrait aux « Cauris ». On ne compte plus les alarmistes de service investis du rôle d’alerte tous azimuts. Danger à Abomey, danger à Parakou, danger à Adja-Ouèrè, danger à Cotonou, danger à Porto-Novo, danger partout.
En échos, les restaurateurs d’espoir ne se débinent pas. Emmenés par un Candide Azannaï en feu, ils n’accordent aucun répit au régime. Convaincus que le poisson pourri par la tête, c’est le sommet de l’Etat qui reçoit pratiquement la plus grande partie du vitriol. Avec des accusations précises : tentative de corruption, intimidation, manipulation de l’électorat, pression, chantage, trafic d’influence. Le moralisateur moralisé. La démocratie en danger.
A quelques variances près, le désir de sauver la vierge et l’orphelin rythme de nombreux autres discours. Gbadamassi, le Mandela de Parakou, met un point d’honneur à sauver non pas la démocratie mais le Changement. Tout un programme. Magnanime, le maire en titre de la 3ème ville du Bénin ne se soucie même pas de prendre sa revanche sur ceux qui l’ont trahi et se sont précipités sur son trône sans attendre l’épuisement définitif de la procédure judiciaire enclenchée à son encontre.
A Wologuèdè, il se susurre que l’enjeu est de donner un vrai sens au changement. Une sorte de recentrage de la collaboration avec le régime en place. L’année qui vient de s’écouler perçue comme une transition aura été marquée par un cafouillage et un mélange de genres qui ne permettent pas de décanter la mêlée générale. Le contentieux avec le chantre du changement est énorme. Non respect des engagements de campagne présidentielle, politique d’exclusion, acharnement à l’encontre de la classe politique dite traditionnelle. La liste est bien longue.
Et le Prd alors ? En embuscade depuis la défaite de son leader en mars 2006. Le premier à allumer la fronde dans un concert d’unanimisme de circonstance. Le « Qui veut moraliser qui et qui veut moraliser quoi ? » a fini par prendre la forme d’un combat politique frontal. Les tchoco-tchoco ne rêvent désormais que de revenir en force à l’hémicycle afin d’envisager les prochaines batailles avec sérénité.
Apparemment, le débat s’embrase de jour en jour. Les lendemains d’élection risquent de consacrer une cristallisation de tous les dangers. Ce qui pourrait faire le jeu des extrémistes de tout bord. Déjà, certains ayatollahs de la majorité présidentielle excellent dans l’art de trier les vrais Béninois des faux. Terrain de prédilection pour les nouveaux coupeurs de tête décidés à faire le vide autour du docteur-président. Sur la même thèse du bien contre le mal dont le laboratoire par excellence se trouve actuellement dans les faubourgs de Bagdad.
En réalité, aussi bien la démocratie que le changement n’ont besoin de personne. Le désir de liberté et de bien-être d’un peuple ne se marchande pas. Par contre, celui qui va vraiment mal et qui a besoin de l’aide c’est le Bénin.
Pays appauvri, endetté, dépouillé.

Par Arimi Choubadé
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