Mission commandée

vendredi 25 mai 2007 par Arimi Choubadé

Tout va si mal à la Commission électorale nationale autonome (Cena). Il a fallu du temps pour se rendre compte que le ver était dans le fruit. Porte-parole du groupe le matin, pourfendeur du même groupe la nuit, pasteur le dimanche et résistant à ses heures perdues. Le sphinx avait plus d’un tour sous ses habits de saint et de porte-flambeau du changement dans un milieu considéré comme l’antichambre de l’Assemblée nationale, haut lieu par excellence des coups tordus.
Ainsi parasitée, la machine ne pouvait que tourner en rond. Le recalé du perchoir de la Cena savoure sa revanche en canardant copieusement ses coéquipiers avec zèle et entrain. Tant et si bien que la présidence de l’institution a décidé d’abandonner pour une fois la langue de bois et frapper. Un rappel à l’ordre considéré comme une grande première pour toutes les Cena confondues. Les gens n’ont pas du tout aimé se faire tirer dans le dos par un partenaire frustré.
On pourrait se poser des questions sur le sens du combat du porte-parole élu de la Cena. Un jeu personnel qui est loin de faire l’affaire du groupe. Avant de se muer en sniper, Michel Alokpo aurait pu faire ses adieux à ses compagnons. Libre à lui d’exercer plus tard ses talents de sniper sur tout ce qui cloche dans l’organisation des législatives de mars 2007. Au lieu de balancer son serment par-dessus bord tout en gardant pied dans l’embarcation comme c’est le cas.
En 2001, les opposants au régime de Kérékou ne se sont pas embarrassés de scrupules avant de démissionner par vagues successives. La vice-présidente de la Cena à l’époque, Irène Adjagba Ishola, ne s’est résolue à cracher le venin qu’une fois les pieds dehors. L’arbitrage de l’opinion publique ne devrait logiquement intervenir qu’en cas de rupture définitive. Une élection ne se gère pas dans la rue. Le populisme ambiant ne saurait prospérer sur un sujet aussi sensible que le renouvellement de la deuxième institution de la République.
Sur le blocage de la mission légale de l’institution, Michel Alokpo garde un mutisme bizarre. Jamais la moindre boutade au sujet des lenteurs du gouvernement en ce qui concerne la mise à disposition des moyens. Les coupes sombres dans le budget initial, la réduction drastique et unilatérale des primes et autres avantages des agents chargés de l’organisation du scrutin, la sollicitation du génie militaire dans le transport du matériel électoral n’inspirent aucun commentaire au moralisateur de l’arène. Seules les menstruations des prérogatives du président le préoccupent. Surtout qu’il aurait pu être ce berger chargé de veiller à ce que le troupeau du changement arrive à bon port au palais des gouverneurs à l’ouverture de la prochaine session ordinaire d’avril.
Tout le monde attend le prochain épisode de cette guérilla interne. Le gouvernement va-t-il continuer son travail de sape par bras armés interposés ? Consentira-t-il à passer par pertes et profits l’expédition musclée de la bande à Saley, Azannaï et Quenum ? Pour quel résultat ?
Finalement, le changement, sous certains aspects de la conduite des affaires de la cité, emprunte curieusement les mêmes raccourcis que le régime défunt. Plusieurs des recyclés de la dernière heure ne rêvent que d’une réhabilitation de la décennie négative comme ils l’ont fait pour les années lugubres de la révolution dès le retour du grand camarade de lutte en 1996.
Pourvu que cela ne mène pas vers la même destination.

Par Arimi Choubadé
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