Férule sur la Cena

vendredi 25 mai 2007 par Arimi Choubadé

Ils ont osé offusquer le grand argentier national. Le très docte Koukpaki scandalisé – l’homme au trois portefeuilles (coordination de l’action gouvernementale, finances et économie, plan). Un coupable tout désigné, la Cena. Elle qui a eu l’outrecuidance d’envoyer une ligne budgétaire de près de 400 millions Cfa rien que pour le transport sans en préciser les détails. En tout cas, à travers son pathétique appel à arbitrage de l’opinion publique, le N°2 du régime ne s’est pas empêché d’exprimer son exaspération face à ce manque de dévotion de la part de Akpinkoun et compagnie.

Les représailles ne tardent d’ailleurs pas à tomber. L’offusqué s’est donc arrogé le droit de retrancher « d’autorité » les 400 millions et poussière du budget initial élaboré par les organisateurs des législatives 2007. Afin de bien affirmer cette autorité, il fallait lui adjoindre la force absolue, l’armée dont la filière génie civil se serait vu rétrocéder le transport du matériel sensible. Il n’y a pas meilleure occasion pour donner du relief au discours sur l’affirmation de la force de l’Etat. Une application stricto sensu.

La propagande de rappeler toute la musculation constitutionnelle qui permettrait au chef de l’Etat de mettre entre parenthèses toutes les autres légitimités républicaines, à commencer par l’autonomie de la Cena. On parle de l’article 41 qui fait du président de la République le garant de la Constitution puis du 68 qui évoque les mesures exceptionnelles en cas de blocage des institutions. Vu le contexte de bras de fer actuel, on n’est plus tellement loin d’une éventuelle cessation des activités à la Cena. Ce qui ferait courir des risques de vide institutionnel en cas de non organisation des législatives à terme échu. Suivez mon regard….

Cette énième guéguerre entre la Cena et le gouvernement est certainement une aubaine destinée à poursuivre le débat sur la réduction des coûts des élections. En cela, le changement ne fait que suivre un combat déjà engagé par révisionnistes et coupleurs aidés par le dernier argentier du général Kérékou. La noblesse des intentions exprimées n’est donc pas en cause. On serait même tenté d’accorder la béatitude à Koupaki si son patron ne s’est pas engagé avec tant d’esbroufe dans la course vers le palais des gouverneurs.

L’intention du législateur sur le sujet ne souffre d’aucune ambiguïté. On doit à l’impartialité avérée du pouvoir exécutif l’existence de la Cena. Le législateur a voulu du surcoût des élections en dépossédant le gouvernement de toute compétence en matière électorale. Lors de l’instauration de la Cena en 1995, tous les députés de l’époque étaient conscients que les scrutins reviendraient plus cher. Seule la volonté d’amoindrir les risques de contestation avait inspiré les élus du peuple. L’intrusion du génie militaire dans le jeu électoral revient à trahir cet esprit de la loi. A moins de faire admettre cette collaboration par la structure chargée de l’organisation des législatives elle-même. Tout le contraire de la méthode de rétention unilatérale opérée derechef par le ministre du Développement et de l’économie. Comme pour mettre les commissaires sous coupe réglée.

Jusqu’à preuve du contraire seul le bras politique du pouvoir regroupé sous la bannière de la liste Force Cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) ne trouve rien à redire aux coups de boutoir du gouvernement dans l’autonomie de la Cena. Un sur les 27 engagés dans la course.

Y a pas match !

Par Arimi Choubadé
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