Mendiants mandataires

lundi 11 juin 2007 par Arimi Choubadé

N’est plus mendiant qui veut. Ou du moins, n’importe qui ne peut plus quémander n’importe où et n’importe quand. Cette année, comme depuis quelques temps le porte-parole des mendiants au sommet du G8 en Allemagne a nom Thabo Mbéki. Il recevra pour le compte de ses pairs africains le traditionnel panier d’oboles. En dehors de quelques variances sémantiques, le contenu change peu d’un sommet à l’autre : augmentation de l’aide au développement, lutte contre la pauvreté et bien entendu bonne gouvernance. Aucune trace du mirage Nepad. Parenthèse vite refermée. Hélas ! le sacrifice d’une centaine de milliards par le docteur national, en 8 mois, pour vendre le Bénin à l’extérieur, n’a pas été suffisant pour obtenir ne serait-ce qu’une place au sein des mendiants mandataires à Heiligendamm . Partie remise peut-être.
Il parait que la notion de bonne gouvernance et des droits de l’homme est revenue avec force dans les débats. Une cosmétique que sauront apprécier les manifestants anti-mondialistes. Lorsqu’on sait que ces mots n’ont pas les mêmes significations selon que l’on se nomme Georges Bush Junior, Tony Blair ou Angéla Merkel. L’Ethiopien Melès Zénaoui qui matraquent opposants et journalistes apparaît comme un allié sûr pour la coalition anglo-américaine au nom de la lutte contre le terrorisme dans la corne de l’Afrique.
Le Général Conté de Guinée s’est maintenu au pouvoir en récompense de son aide appréciable dans la chute du régime de Charles Taylor au Libéria à travers une aide massive aux rebelles du Lurd. On peut multiplier les exemples de cette modulation des droits de l’homme au gré des intérêts. Les archives ont besoin de discours lénifiants sur les grands principes de liberté et d’égalité. C’est ce qui s’est fait en Allemagne comme avant en Italie, en Grande-Bretagne, en Russie et ailleurs.
Sarkozy qui s’égosille sur le développement de l’Afrique sait pourquoi l’Etat-Ump lui a imposé de recevoir le Gabonais, Bongo-Odimba, en premier, à l’entame de son mandat. L’entourloupe de l’entrevue accordée en catastrophe à la Libérienne ne change rien à la donne. Il fallait lui faire comprendre que les mécènes de sa campagne victorieuse se recrutent aussi sur le continent dont il dit que la France n’a pas besoin. La France n’a peut-être pas besoin de l’Afrique pour son économie mais l’Ump oui.
L’exigence de démocratie et des droits de l’homme doit venir de l’intérieur de l’Afrique. C’est ici que se commettent les atteintes aux libertés, que les journaux ont du mal à exister, que les opposants ne bénéficient d’aucune protection légale, que les étudiants sont gazés, que les urnes sont bourrées à chaque élection, que les institutions de la République sont bridées. C’est facile pour les dirigeants africains d’exiger des autres de la solidarité alors que certains d’entre eux sont incapables de fournir de l’électricité et de l’eau potable à leurs concitoyens après 30 ans passés au pouvoir.
Les enfants meurent de misère et de pauvreté extrême au Niger pendant que le pétrole gabonais sert à financer des campagnes électorales en France. Ne parlons pas des Congo, de l’Angola et du Nigéria. En cela, les yayistes seraient bien inspirés d’insister sur la formation patriotique des ministres et autres responsables chargés de conduire les programmes de développement. Pourquoi ne pas commencer par les anciens ministres en vue de les inciter à retourner ce qu’ils ont déjà volé à l’Etat béninois ? Du patriotisme fonctionnel.
En attendant, place aux mendiants.

Par Arimi Choubadé
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