Vague bleue sur le quartier latin d’Afrique ?

jeudi 21 juin 2007 par Arimi Choubadé

Le bras armé de Sarkozy qui débarque à Cotonou en toute quiétude, presque en villégiature. Celui chargé de l’exécution de l’« immigration choisie » pavane dans les rues ovationnées par une foule entièrement acquise. Finie la parenthèse des tumultes à l’accueil de son mentor il y a un an dans cette même ville. Une mobilisation quasi continentale à l’époque de ce qui tient lieu de société civile. Brice Hortefeux peut savourer ce retournement spectaculaire de l’opinion. Le forcing de l’ancien ministre d’Etat devenu président de la République Française a payé.
La vague bleue n’a pas fait des ravages que dans l’hexagone. En témoigne le dos rond adopté par les défenseurs du droit à l’immigration en vertu d’une prétendue dette historique envers des descendants de tirailleurs. Un silence radio qui étonne à moitié lorsqu’on tient compte du mode de fonctionnement des rentiers spécialisés dans l’instrumentalisation de cette société civile. Ces derniers savent très bien qu’ils ne survivraient pas longtemps si les circuits de distribution de subventions venaient à être fermés du fait d’un activisme débridé. C’était plus facile de s’en prendre à un présidentiable qu’à un président d’une puissance comme la France. La récréation est donc terminée ; la manipulation aussi.
Le symbolisme du passage de Brice Hortefeux au Bénin veut dire que l’honneur est sauf pour le quartier latin de l’Afrique. La preuve que les quelques excités lors de la visite de Sarkozy n’ont pas pris le dessus. Beaucoup d’entre eux avaient d’ailleurs déjà rangé les armes face au courage avec lequel l’« indésirable » visiteur avait affronté l’adversité ambiante. Il est allé jusqu’au bout de sa rhétorique et a même réussi à arracher un tonnerre d’applaudissement à la suite de son développement au palais des congrès de Cotonou. Un trait de caractère qui a laissé des traces, bien qu’il n’ait pas réussi à inverser les tendances demeurées en faveur de son adversaire socialiste du second tour de la présidentielle. La page est tournée.
A présent, le gouvernement est bien bleu – l’immigration choisie rentre dans le vif du sujet. Il est à espérer que cette fois-ci les nôtres acceptent le débat sans se préoccuper de demandeurs de visas éconduits ou d’étudiants téléguidés. Loin des passions et des émotions, l’introduction des spécificités dans le choix de l’immigration constitue à coup sûr un avantage pour le Bénin qui ne tire rien d’une solidarité mal inspirée avec des zones d’immigration mélodramatique comme le Sénégal ou le Mali.
Les jeunes Béninois ne vont pas à la plage avec l’envie secrète de partir un jour en haute mer à l’aide d’embarcations de fortune. De cette immigration-là, Brice Hortefeux tout comme chef en disent tout le bien possible. C’est vrai que le lapsus de Sarkozy sur la densité de médecins béninois en région parisienne a été la cause de quelques désagréments à relents xénophobes pour nos compatriotes qui vivent dans cette situation en France. A présent, l’opportunité s’offre aux différentes parties concernées d’échanger sur le sujet en toute responsabilité.
La question ne se pose plus de savoir si l’on aime la droite ou pas. Les résultats des dernières élections en France (présidentielles et législatives) confirment que l’immigration choisie bénéficie d’une large audience au sein de l’opinion française. On ne peut pas reprocher aux Français de réagir face à la crise identitaire qui se pose à eux ainsi qu’à beaucoup d’autres pays européens. Pendant que l’Afrique se mure dans l’attentisme face aux drames de ces fils inanimés ramassés le long des côtes de l’Atlantique et de la Méditerranée chaque matin.
A chacun ses méthodes !

Par Arimi Choubadé
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