L’imposture du génie militaire

lundi 2 juillet 2007 par Arimi Choubadé

D’un côté les corrompus et les apatrides, de l’autre les militaires. Un Bénin manichéen que l’on doit à l’argenterie Koukpaki qui a pris fin au dernier remaniement ministériel. Tous les cabinets d’ingénieurs non militaires devraient fermer boutique au profit du génie militaire vertueux, patriote, désintéressé et compétent. Moins disant et impeccable en tout : pose de pavés, construction d’écoles, ouvertures de pistes rurales, transport de matériel électoral – certains parleraient même de distribution d’affiches Fcbe.

De toute évidence, se sont les militaires eux-mêmes qui se sentent de plus en plus mal à l’aide à travers cette posture dans laquelle le passage de Koukpaki à l’argenterie nationale tente de les confiner. Les techniciens du génie militaire connaissent et respectent bien la compétence de leurs collègues des cabinets civils. Parce ayant fréquenté ensemble les mêmes écoles, les mêmes amphis, les mêmes universités voire les mêmes expériences de terrain. Le cursus professionnel n’est qu’un simple concours de circonstance.

En entendant que les spécialistes ne se prononcent sur les entorses éventuelles au code des marchés publics, intéressons-nous aux vertus annoncées de l’instrumentalisation du génie militaire. Ce corps spécialisé de l’armée béninoise n’a pas qualité à faire du commerce. Il n’est pas assujetti comme les cabinets privés au paiement de taxes et autres redevances à l’Etat. Pas de Tva, d’amortissement du matériel, de salaires à la charge du génie militaire. On s’étonne après qu’il soit moins disant que les autres qui ploient sous la pression fiscale. Si ce n’est pour renforcer le processus d’asphyxie des entreprises privées en général, en branle depuis plus d’un an, on ne perçoit visiblement pas l’intérêt de la mise à l’écart des ingénieurs civils en ce qui concerne la réalisation d’infrastructures sociocommunautaires.

C’est peut-être un choix politique que d’opter pour la sublimation de l’armée. Le changement cherche certainement à cultiver à fond ces points de jointures avec la révolution militaire Kérékoïste de 1972. Des militaires instituteurs, chefs de districts, préfets, directeurs généraux de sociétés d’Etat, diplomates ; les Béninois en ont vu. Sans oublier les ministres généraux comme il en existe actuellement dans le gouvernement du changement. Pourtant, le Bénin ne tutoie toujours pas le développement et le bien-être pour chacun et pour tous.
Les militaires ont assurément beaucoup de préoccupations autres que celles de servir de faire-valoir à des dirigeants en mal d’inspiration. Casernes délabrés et inondées par ces temps de pluie, cantines inappropriées, équipements hors d’usage, primes détournées, soldats démotivés, éléments du génie militaire surexploités sur des chantiers privés des gradés. Voilà des semaines et des semaines que les gars demandent un tour des casernes de leur super ministre très occupé par les affaires Fcbe afin de lui faire savoir qu’il y a autres réalités au sein de la grande muette que le génie et la garde présidentielle.

L’opinion est témoin que, encore une fois, se sont les politiques qui s’invitent de plus en plus dans les casernes. Les militaires eux-mêmes ont fait la promesse de ne plus en sortir à la conférence nationale de février 1990, laissant le champ libre aux civils. Les revoilà au devant de la scène malgré eux. Au mépris de toutes les règles de discrétion, d’efficacité et de dévotion envers les institutions de la République qui leur est dévolu.

Qu’on permette à chacun de respecter son serment !

Par Arimi Choubadé
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