Institutions en dévaluation constante

lundi 2 juillet 2007 par Arimi Choubadé

« Assemblée aux ordres du gouvernement ». Revendication publiquement affichée par une élue. Cela traduit un certain état d’esprit au sein de l’hémicycle, version 5ème législature. Si la deuxième institution du pays se refuse – selon la tendance en cours – d’assumer son statut de contre-pouvoir, ce n’est ni la troisième ni les autres, toutes assujetties aux deux premières, qui peuvent conserver un brin d’intérêt au sacro saint principe démocratique de la dialectique du « pouvoir arrêtant le pouvoir ». Même l’armée n’échappe pas aux tentatives d’enrôlement tous azimuts.

On peut se poser la question à propos de l’ossature de la prochaine Cour constitutionnelle dont les 7 membres sont désignés à raison de 4 pour le parlement et 3 pour le gouvernement. Le premier se voulant aux ordres du second on imagine le sort réservé à la troisième institution ne fait l’ombre d’aucun doute : toutes aux ordres du gouvernement. Une quinzaine d’années à peine de renouveau démocratique pour se retrouver dans ce cul de sac aux issues incertaines.

Les rédacteurs de la constitution pensaient pourtant avoir suffisamment pris des précautions nécessaires afin d’éviter que tout le pouvoir d’Etat ne soit contenu dans la main d’un seul individu, fut-il visionnaire. Les qualités du chef de l’Etat du changement ne posent visiblement pas de problème. Une décennie entière à la tête d’une banque régionale – même s’il s’agit d’une des régions les plus pauvres de la planète – requiert des aptitudes managériales évidentes. On peut faire confiance à un dénicheur de compétences de la trempe de Nicéphore Soglo.
La nation béninoise en construction a certes une taille relativement modeste. Néanmoins, la responsabilité de son avenir ne saurait être laissée à la charge d’un seul homme. A lui la responsabilité de la législation, de l’exécutif et de la régulation du fonctionnement de l’Etat. Dans un régime présidentiel fort avec séparation nette des pouvoirs. L’Etat unidirectionnel aux relents monarchistes. On n’est même pas dans un leurre de parlementarisme à la nigérienne accordant un semblant de marge de manœuvre à l’Assemblée nationale.

Il existe quelques autres machins sensés occuper des rôles de contre-pouvoir à savoir la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac) et le Conseil économique et social (Ces). Passons sur ce dernier (Ces) relégué au rang de la muette par des textes qui le confinent dans une posture de cabinet conseil malgré la flopé de conseillers qui pullulent dans les couloirs du palais de la marina.
En un tour de passe-passe, la Haac de son côté a été réduite à sa plus simple expression. Pan ! sur sa prérogative de nomination dans les organes publics. Pan ! pan ! sur sa compétence en matière de communication à travers la composition de l’instance de régulation des télécommunication de laquelle elle est outrageusement absente. Il ne lui reste que la gestion de l’aide de l’Etat à la presse privée, les séminaires de formation et un rôle d’épouvantail pour journalistes en rupture avec le code de déontologie. Bien maigre consolation pour une institution constitutionnelle que l’on dit révolutionnaire du fait de son caractère inédit dans le système politique hérité du colon français.

Yayi Boni a sûrement une grande vision pour son pays. Mais on nous a enseigné que : « le pouvoir corrompt ; le pouvoir absolu corrompt absolument ».

Par Arimi Choubadé
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