Faire taire la Cedeao au Togo

jeudi 12 juillet 2007 par Arimi Choubadé

Les Togolais aux urnes à nouveau. Pour des législatives dans quelques mois. Une perspective qui n’a rien de réjouissant auprès de nombreux citoyens de ce pays. Depuis l’avènement du système pluraliste, ces genres de rendez-vous se conjuguent généralement avec du sang, des larmes, de l’exile, des affrontements et de fraudes. Surtout si les observateurs de la Cedeao s’en mêlent. Eux, prompts à rédiger des rapports laudatifs depuis leur tour de l’hôtel 2 Février pendant que des électeurs sont pourchassés dans les rues de Lomé par des miliciens drogués.
Leur dernier exploit dans ce pays remonte à la présidentielle de 2005. 400 morts, des milliers de réfugiés au Bénin et au Ghana voisins, des images de militaires qui prennent la fuite avec des urnes bourrées de bulletin de vote. Signes extérieurs de violence visibles à de milliers de kilomètres à la ronde. Mais les rentiers de la Cedeao ont conclu à une élection transparente, libre et démocratique. On comprend que certains parmi eux se retrouvent encore à Lomé deux mois après les événements attendant une juste rémunération de cette littérature morbide sur un scrutin qui a jeté le drame et la désolation dans de beaucoup de familles togolaises.
Il a fallu la présidentielle de juin dernier au Nigeria pour s’apercevoir que la Cedeao fonctionne véritablement à double vitesse. Les francophones et les autres. Bien que l’organisation sous régionale ait son siège à Abuja à peine si ces observateurs envoyés sur le terrain ont eu droit à quelques encadrés dans les coupures de presse internationale. Les critiques acerbes d’indépendants européens, américains et même nigérians ont mis sous éteignoir toutes manipulations sous régionales. Malgré le revirement à forts relents de pétrole de l’administration Bush et alliés à la veille de la prestation de serment de Oumarou Yar’Adua, la pression persiste, plusieurs mois après.
La meilleure des choses qui puisse arriver aux Togolais à l’occasion des législatives prochaines est de trouver le moyen de faire taire les observateurs d’Abuja ou tout moins à limiter l’influence de leurs radotages traditionnels. Puisqu’on connaît déjà la musique, à quelques nuances près. Des rapports qui confortent les frustrations et contribuent à exacerber les ressentiments. La publication d’un de ces textes a coûté la vie à des Maliens et des Burkinabés installés à Lomé pris pour cible par des électeurs traumatisés et assoiffés de revanche.
Compaoré s’attend certainement à des félicitations pour avoir servi de facilitateurs aux camps en conflit dans la crise togolaise. Le même Compaoré qui a participé à la légitimation du fils sur le trône laissé par son père. L’enjeu aujourd’hui est de voir participer la figure de proue de l’opposition représentée par Gilchrist Olympio aux législatives. Une condition sensée avoir la vertu de faire délier la bourse à l’Union Européenne.
La question demeure de savoir si cette fois-ci les machettes, les gourdins et les armes à feu des miliciens vont disparaître des bureaux de vote, le jour du scrutin. L’habitude étant une seconde nature. Le régime perpétué de génération en génération a décidé de punir ces impétueux Togolais qui voulaient la démocratie à tout prix. Tout allait pourtant bien quand le grand timonier triait par lui-même tous les candidats du parti unique Rpt sur une seule liste à soumettre à un électorat conditionné. Jusqu’à la maudite conférence nationale de 1993.
Il faut choisir : la Suisse de l’Afrique ou le mouroir d’opposants ? Question à la Cedeao et à ses observateurs.

Par Arimi Choubadé
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