Voyoucratie patriotique

lundi 16 juillet 2007 par Arimi Choubadé

Silence Gsm pour Arreba et Mouv. Au nom de la défense des intérêts du peuple. Avec une prise d’otage sur près d’un million d’abonnés sans perspective de dédommagement ou de mesures de compensation. De petits ouvriers coupés de leurs clients, des voyageurs privés de moyen de communication avec leurs proches, des hommes d’affaires complètement déconnectés du reste du monde, de jeunes détaillants ou tenanciers de cabine téléphonique retournés à l’oisiveté et à la petite délinquance. Des employés qui s’inquiètent sur leur avenir en cas d’une crise prolongée.
Une atmosphère cataclysmique dont on est sûr qu’elle n’aura aucune incidence particulière sur des auteurs présumés ou réels. Le célèbre stoïcisme inné du Béninois capable d’avaler n’importe quelle mixture provenant de n’importe quel messie autoproclamé, sans broncher. Un messie, l’autorité transitoire de régulation des télécommunications, qui réclame déjà le soutien populaire pour elle-même, la complaisance des abonnés et la vindicte sur les opérateurs Gsm incriminés.
Les juristes indépendants, exempts de toute position de rente vis-à-vis de la marina, diront certainement un jour qui est dans le vrai et qui se trouve dans le faux dans toute cette histoire. Néanmoins l’observateur profane se demande pourquoi c’est le consommateur qui doit payer pour un différend à un contrat auquel il n’est pas partie. Ses malheurs proviennent d’une opération dite de normalisation confiée à un organe dont la légitimité reste à prouver.
Firmin Djimenou et compagnie affirme agir au nom du peuple à travers un document signé de la main du chef de l’Etat ; un décret. Soit ! Un acte purement exécutif et dont le gouvernement assure l’entière responsabilité. L’autorité de régulation prise sous cette formule n’est ni indépendante ni neutre vis-à-vis du chef de l’Etat. C’est bien sûr l’Etat cosignataire d’un contrat avec Mouv d’une part et avec Areeba d’autre part qui décide unilatéralement de modifier les règles du jeu par à travers un trucage de légitimité. Il n’y a donc ni arbitrage ni régulation. Mais une volonté de se soustraire à des obligations contractuelles ou un camouflage de renonciation de signature.
Toute installation d’un machin du genre devrait au préalable être précédée de la prise d’une loi sensée indiquer le profile, les organes de désignation, les procédures, le fonctionnement et tout le reste. L’Assemblée nationale, la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac), les opérateurs Gsm eux-mêmes, les consommateurs « indépendants » ont alors leur mot à dire. Tout le contraire de la cooptation observée dans ce dossier. Pour être sûr de recruter les meilleurs, on aurait pu se parer d’un appel à candidature. Le chef de l’Etat seul connaît les motivations de son choix.
Un organe provisoire qui se comporte d’ores et déjà comme la structure définitive au lieu de s’activer sur la préparation de tous les textes de régulation en la matière. Pour le moment, il n’y a ni urgence ni péril en la demeure qui puisse justifier un acte aussi lourd de conséquence.
L’unanimité est réalisée sur le fait que la libéralisation du secteur des télécommunications s’est réalisée dans la confusion la plus complète. Et que cela a profité à des privilégiés de l’appareil d’Etat de l’époque. Or un principe de droit commande que « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ». Un autre principe énonce qu’il n’y a pas de peine sans qu’un texte ne l’ait prévu au préalable. Toute sanction hors texte s’apparente alors à la voyoucratie.
Et si cela provient d’un Etat…

Par Arimi Choubadé
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