Autorité au champ

jeudi 2 août 2007 par Arimi Choubadé

Le régime des images. La Marina est capable d’en produire en quantité industrielle chaque jour. Ces gamelles déposées dans la bouche d’un zémidjan par le chef de l’Etat en personne, le 1er août 2007, dans la cour de l’hôtel de ville d’Abomey devant une assistance médusée. Ces plongeons présidentiels dans des mares insalubres à Cotonou et à Cocotomey. Ces expéditions ubuesques dans les champs de coton. Ou encore cette marche contre la corruption d’un président de la République entouré d’une ribambelle de badauds. Il parait que le gain en nombre de voix de ces opérettes improvisées ne se discute pas. Ne parlons pas des accusations de transport d’affiches électorales de la Fcbe par les hélicoptères présidentiels. Ou du pied de nez de braqueurs en chenilles sur le cortège présidentiel à Kilibo.

Pendant que les manchettes de chemises du chef se ramassent au milieu des bouses de vaches, on brandit le gant de fer par ailleurs – désir de restaurer l’autorité de l’Etat. Un trafic de vocable habilement récupéré par des régleurs de compte pour trancher la tête à des cadres de l’administration devenus encombrants ou à des concurrents gênants ou encore à des adversaires politiques. Une autorité de l’Etat modulée selon les intérêts du moment.

Au nom de ce sacro saint principe du changement, des milliers de Béninois ont perdu l’usage de leurs téléphones portables durant plusieurs semaines sans espoir d’entrevoir un jour ne serait-ce qu’un soupçon de dédommagement. Des menus fretins sautent de leurs postes pour des peccadilles. Qui dit autorité dit raison du fort au dessus de celle du faible.

Le régime souffre visiblement du révisionnisme tendant à détacher la sacralité de l’autorité. Toutes les cultures admises sur le sol béninois reconnaissent une certaine sacralité à la fonction du chef. Ce n’est donc pas d’une bonne idée de montrer le chef de l’Etat dans un champ, houe à la main. Personne ne lui refuse de s’immerger de temps en temps dans des souvenirs d’enfance. Mais de grâce sans scénariste, sans camera, sans preneur de son et sans metteurs en scène. Il s’agit du président de toute la République. « Le Bénin est petit mais son poids est lourd » disait Kérékou.

En République les chances doivent être égales pour tous. L’inconvénient de ces virées sélectives est de mettre des pans de la nation en devenir en courroux contre d’autres. Tout proche du bas peuple qu’il feint de l’être, le docteur-président ne peut parcourir tous les champs du pays, une houe à la main. Il ne saurait non plus patauger dans toutes les mares d’inondation du pays. Le statut d’arbitre exige une certaine hauteur et une certaine distance. Et puis chacun doit faire son travail. A qui incombe la faute en cas de dérapage ? Au conducteur ou à celui qui a influencé les choix du conducteur ?

Le mythe du chef reclus au palais de la République semble avoir vécu. C’est peut-être un acquis pour le changement. Néanmoins, la République est une organisation de l’Etat moderne avec une séparation des fonctions et des responsabilités. La substitution du chef de l’Etat aux commis de l’Etat sur le terrain coûte beaucoup aux finances publiques sans avoir l’efficacité souhaitée. Car pendant qu’il est dans les champs, il est absent de son poste de travail. Or les audiences en souffrance permettent elles aussi de faire des arbitrages judicieux pour le bien de la nation. Que dire des dossiers en instance qui requièrent toute la disponibilité et l’attention du chef censé prendre les bonnes décisions ?

C’est vrai que l’œil du chef engraisse le cheval. Mais il y a une différente entre être gras et être obèse. Trop de colle ne colle plus.

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/083-autorite-au-champ.html