L’inflation téléphonique

vendredi 17 août 2007 par Arimi Choubadé

On ne les remerciera jamais assez, ces éminences grises de l’autorité transitoire de régulation des télécommunications, d’avoir foutu un tel désordre dans la communication téléphonique dans le pays que les Béninois s’en souviendront longtemps encore. Aux multi connectés, il est désormais ajouté un réseau de plus. Ce qui équivaut à l’achat d’un portable supplémentaire en dehors des quatre autres quotidiennement trimbalés par les accrocs de la mode et des nouveautés. Personne ne semble avoir tenu compte de la véhémente protestation de mon confrère Constant Yahouédéhou de Radio Planète à propos de cette débile inflation.

5 réseaux pour 7 millions d’individus au pouvoir d’achat comptant parmi les plus faibles de la planète. La régulation transitoire n’en finit pas de collectionner les prouesses. Avec un acharnement spécial sur les abonnés. Des damnés plongés dans l’oublie de la communication en pleine globalisation économique pour plusieurs semaines voire plusieurs mois. Pour des combats idéologiques dont les fondements échappent au commun des citoyens. On a vaguement parlé de patriotisme, d’autorité de l’Etat – on se demande d’ailleurs ce qui en reste de cette autorité après le pied de nez des responsables des réseaux Gsm suspendus à l’endroit du chef de l’Etat lors des ultimes négociations du 13 août.

Je parlais tantôt de ces damnés d’abonnés. Les seuls qui pâtissent réellement de la funeste régulation. Puisque la mise hors tension des réseaux incriminés ne créent en réalité de dommage qu’à ceux dont les téléphones mobiles sont réduits au silence depuis lors. Les opérateurs s’en tirent finalement à bon compte puisqu’à en croire les chevaleresques régulateurs eux-mêmes, la bouffe et le pillage ont déjà eu lieu.

Les mêmes abonnés qui devront payer plus cher le téléphone avec cette inflation de délivrance d’agrément si la régulation ne prévoit pas une uniformisation des coûts de communication d’un réseau à autre. La multiplication des opérateurs n’apporte aucun progrès économique au système si les abonnés doivent supporter le surcoût du passage d’un réseau à autre. Considérant également qu’un abonnement s’entretient mensuellement à travers l’achat obligatoire de cartes de recharge.

Si c’est pour désorganiser le secteur des Gsm, faire fuir certains opérateurs, en autoriser d’autres en un temps record dans la grande confusion, surcharger les installations des deux autres restés en course, l’autorité transitoire de régulation mérite largement la reconnaissance de la grande chancellerie du Bénin. On peut ajouter à ces faits d’arme, la qualité de Vrp à Globacom, le nouveau venu, « spontanément » endossée par un illustre membre de cette régulation très prolixe en éloges sur les potentialités de sa nouvelle recrue. La célérité de la procédure d’attribution de la licence à travers la conclusion, en moins de deux semaines, de l’appel d’offres international. A espérer que l’inspection générale d’Etat ne tombe pas des nues à regarder de près ce terrible charabia.

Peut-être, qu’un jour quelqu’un de la régulation nous dira ce qui vaut une telle psychose infligée à toute une population. Un péché collectivement consommé en cours d’expiation, sait-on jamais. N’oublions pas la ribambelle d’amateurs de bondieuseries qui a pris d’assaut le palais de la marina depuis avril 2006.

On nous avait parlé d’émergence, de prospérité, de changement. Jamais de dérégulation, d’anxiété, de mélodrame, de vulgarité et d’amateurisme. On ne savait pas que l’émergence passait pas une isolation du reste du monde, l’obscurité, le chômage, la xénophobie, l’exile pour les hommes d’affaires et autres investisseurs et une vendetta politique obscure pour couronner le tout.

Emerger ou énerver ?

Par Arimi Choubadé
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