Palabreur de la République…

mardi 28 août 2007 par Arimi Choubadé

La présidence l’a fait médiateur ; il se proclame mage. Capable de transformer l’eau en vin, d’attirer bailleurs de fonds sur bailleurs de fonds, d’absoudre toutes les souffrances de ces compatriotes qui daignent à le consulter, de rendre la cité plus proche du paradis… de refaire le Bénin en somme. C’était prévisible que Tévoédjrè ne se contenterait jamais de si peu – un vieillard convié aux marginales tâches de palabres oiseuses et inutiles ? Pouah !

Accabler le pauvre Yayi Boni d’avoir créé un machin supplémentaire ne servirait qu’à embrouiller davantage les esprits. La politique de l’épouvantail a fonctionné : « il valait mieux l’avoir avec soi que contre soi ». Le ton a été donné dès le jour de l’investiture où le célèbre tribun a carrément forcé le protocole pour s’installer en bas de l’estrade présidentielle. Il entend jouer les grands rôles. Un Organe présidentiel de médiation ? Soit ! C’est toujours cela de gagner pour quelqu’un dont on connaît la fertilité d’imagination.

Très peu de Béninois sont surpris des excès de mégalomanie, Place de la République, face au palais des gouverneurs. Comme pour narguer cette Assemblée nationale qui a osé repousser le texte initial du Médiateur de la République transformé finalement en Médiateur de la Présidence de la République. Le déguerpissement à la hussarde de l’ancienne bibliothèque départementale de l’Ouémé-Plateau justifie bien des choses. Réconcilier les frères ennemis de l’église protestante méthodiste en conflit ouvert depuis plus d’une décennie ; défendre les déflatés du règne de Nago ; intercéder pour une résolution de la crise des Gsm. Des chimères pour médias en manque.

Il faut dire que les mentalités ont très peu évolué au sein de l’opinion au sujet de cet organe de médiation. La frange des sceptiques ne fait que se renforcer. Une médiation peut se justifier dans des contrées au sein desquelles les gens ont perdu l’habitude de se parler. Opposants et mouvanciers sont séparés par des murs d’intolérance et d’incompréhension insurmontables. Sous nos cieux, on peut dire qu’on abuse même des palabres. On négocie sur tout ; les incontournables tractations. Houngbédji-Soglo-Yayi Boni-Amoussou-Idji.

Le réel problème porte sur le non respect des signatures qui relève plus d’un défaut de culture qu’à celui de structure. Les acteurs s’arc-boutent quotidiennement sur les failles des textes en vigueur pour assouvir leurs desseins. On voit mal comment la médiation peut venir à bout des chantiers en suspens comme la désignation des chefs lieux des nouveaux départements, l’application du statut de l’opposition, l’utilisation abusive des moyens de l’Etat à des fins de propagandes politiques ou la personnification du pouvoir d’Etat.

Compte tenu de la personnalité de Tévoédjrè, toute appréhension sérieuse doit se baser sur des raisons subjectives qui l’emportent largement sur des arguments plus rationnels. Surtout qu’il s’est forgé une récente expérience dans la médiation, justement, à travers le système de l’Onu en Côte d’Ivoire. Une fonction qui suppose de façon permanente des foyers incandescents. Les pyromanes-pompiers qui savent qu’ils vont être réduits au chômage dès que le péril disparaît. On connaît les diplomates marchands de canons. Pas de guerres pas de diplomatie active. Le médiateur qui allume les tensions. Suivez mon regard.

Et puis on parle déjà de bailleurs de fonds extérieurs. Cela équivaut forcément à des portes qui se ferment pour des collectivités locales à la recherche de sous pour la réalisation d’ouvrages sociocommunautaires. Une compétition avec le vieux baroudeur dans ce domaine est perdue d’avance. Sans oublier que c’est le contribuable, qui n’est peut-être pas encore né, qui paiera cette gâterie pour gâteux.

Au nom de la palabre !

Par Arimi Choubadé
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