Et les réformes sur l’emploi ???

vendredi 7 octobre 2011 par Arimi Choubadé

Il n’y a d’intérêt de réforme que pour l’institutionnel : la constitution, la douane, le port, le référendum, les grèves. Concepts très peu assimilables pour le petit peuple en l’occurrence celui astreint à gagner sa vie à la sueur de son front et majoritairement constitué de jeunes. En effet, le véritable enfer social ne s’observe pas à la Médiature, à la Cena nouvelle formule, encore moins dans les autres institutions, les centrales syndicales. Tous les animateurs de ces officines formels ont toujours été les privilégiés de la République : salaires, primes, frais de mission, droit de grève, retraite, prise en charge sanitaire etc… Une réalité en total déphasage avec les conditions dans lesquelles l’autre partie du peuple, la grande masse, cherche sa pitance quotidienne. L’enfer social, pour s’en imprégner, il suffit donc de faire une incursion dans les entreprises privées à travers leurs relations avec leurs employés. Des sortes d’arènes destinées à perpétuer la légende du Dahomey, côte des esclaves.

Faut-il le rappeler que dans les petites et moyennes entreprises privées béninoises, la régularité des salaires est un luxe ? Augmentation de salaire, respect du Smig, frais de mission, primes, retraite, sécurité sociale y sont presque des tabous. Ne parlons pas des instruments de règlement de conflit entre employeurs et employés. Autant de chantiers autour desquels les réformateurs devraient exceller. En effet, un employé qui se fait licencier abusivement à Malanville doit parcourir la moitié du pays jusqu’à Parakou (près de 350 km) avant de faire enregistrer sa plainte auprès de la direction départementale du travail. Commence alors pour lui un éprouvant parcours du combattant qui part des arbitrages des inspecteurs de travail jusqu’au procès sans réelle assistance juridique. Le pauvre plaignant devient alors une proie facile pour la manipulation, l’usure, la fatalité voire les humiliations. Evoquer dans ces conditions des questions liées à l’engagement et à la confiance de la jeunesse en elle-même parait une peine perdue.

Aux réformateurs parlementaires d’avoir une toute petite pensée pour ces esclaves des temps modernes incapables d’embrayer significativement la dynamique de l’émergence et de la prospérité partagée. Le droit du travail a forcément besoin d’un grand coup de balai. Car plus que la nécessité de créer des emplois nouveaux, c’est la protection de ceux existants qui alimente les préoccupations de tous les persécutés des patrons fantasques. Ce serait déjà un grand pas de franchi que de sécuriser ceux qui détiennent déjà des emplois contre les abus et la précarité. Cela passe par une plus grande proximité avec les instances arbitrales en matière de conflit de travail, dotées de considérables pouvoir dans le sens de préserver les intérêts des employés martyrisés. Un système qui permet à l’employé lésé de se faire entendre par une structure disponible juste au coin de sa rue sans qu’il ne soit obligé de débourser dans le transport, l’hébergement ou des formalités administratives abracadabrantes.

L’arsenal juridique autour du secteur de l’emploi dans le privé ne tient qu’à un code du travail obsolète et dépassé. Les lois sociales en la matière sont presque inexistantes. Jamais une loi sur l’emploi-jeunes, sur les mesures incitatives à la création des emplois. Les initiatives institutionnelles exhibées jusque là ressemblent plus à des gadgets instrumentalisés à la discrétion du pouvoir exécutif exclusivement. La majorité parlementaire aurait rendu un grand service à la postérité en réformant le socle juridique sur l’emploi. Il lui serait difficile de justifier les réformes tous azimuts qui pourraient ignorer la jeunesse travailleuse, celle prise entre les griffes d’employeurs-esclavagistes.

Abolissez donc la servitude des temps modernes, chers refondateurs !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1003-et-les-reformes-sur-l-emploi.html

Messages

  • C’est inimaginable dans un pays "modèle" de démocratie ! Mais dans ce beau pays, il y a plein de patrons qui ont
    pillon sur
    rue, qui discourent sur le patriotisme et la paix,
    et qui emploient des agents depuis un, deux,, trois, voire dix
    années sans un contrat, sans déclaration aux services
    sociaux ! Mais ils ne sont pas inquiétés ! Un grand
    chantier pour la refondation !!!