Cogner François Mensah ou un autre…

lundi 17 octobre 2011 par Arimi Choubadé

Le présentateur-vedette de Canal 3 qui sort de l’antre des sapeurs-pompiers de Cotonou avec un autre visage que celui avec lequel il est entré : géant bandage au fronton et lèvre fendue et tuméfiée. Un coup, deux, trois, puis cela ne devrait plus s’arrêter qu’une fois les agresseurs présumés satisfaits et calmés d’avoir étanché leur bestiale soif de cogner sur un individu sans défense. Ce genre de cliché fait désormais partie des grands classiques du paysage béninois. Tout individu devient un défouloir gratuit en puissance pour les « intouchables » en uniforme. Combien sont-ils ? Des dizaines, des milliers ? Journalistes, enseignants, zémidjans, chauffeurs de taxi, simples passants. À se faire humilier, mutiler, frapper, dépouiller, spolier, tous les jours, dans l’indifférence totale et dans l’anonymat contrairement à François Mensah, capable, lui, de se frayer quelques espaces dans les médias. Tout le monde n’est pas douanier en mesure de susciter une grève coutant des centaines de millions au trésor public pour maltraitance subie de la part des intouchables en uniforme. Un ras-le-bol que les disciples de Saint Mathieu paieront d’ailleurs cher avec le retrait définitif de leur droit de grève. Les rixes et les bastonnades se suivent et c’est toujours l’agresseur qui s’en sort.

Pas même évident que François s’en sorte avec l’illusion de celui qui avait raison. Parce depuis les terribles coups reçus par notre confrère Séidou en marge d’une marche de contestataires du K.O électoral, beaucoup de choses ont changé. Il a été créé au sein de la corporation un truc officiellement chargé d’« éteindre » toute espèce de feu entre les hommes en uniforme et les journalistes. En clair, François peut faire confiance à ses propres confrères pour que son histoire ne connaisse jamais de suite. Déjà, certains ne se sont pas privés d’ouvrir leurs organes de presse aux agresseurs présumés. Leur ligne de défense ne manque pas d’audace et de panache. Le virevoltant présentateur-télé serait un paranoïaque qui se serait auto-défiguré à l’aide d’une chaise sans que personne n’est éprouvé la nécessité de l’y aider en quoi que se soit. Cela s’appelle : souci d’équilibrer l’information. Chiche !

L’ingénieuse idée d’établir le « partenariat » entre les « corps habillés » et les hommes des médias n’est certainement pas blâmable. Surtout lorsqu’au bout de la course, il y a eu l’opportunité pour plusieurs confrères de bénéficier de deux à trois jours de séjour dans un hôtel cossu en bord de mer à Grand-Popo, la présence du commissaire central de Cotonou en personne à la maison des médias de Cotonou à l’occasion de la journée internationale de la liberté de presse, plusieurs confrères gracieusement pris en charge à Natitingou à l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance le 1er aout 2011, et beaucoup d’autres opportunités et avantages à venir selon les propres animateurs du creuset. Lâcher tout cela pour un corporatisme d’un autre âge ? François l’apprendra à ces dépens. Et il en sera ainsi jusqu’à ce qu’un autre se fasse défigurer par un autre soldat en mal de sensation forte, et encore un autre.

La tendance est de plus en plus admise officiellement depuis quelques années que pour être digne fils du pays méritant honneur et considération, il faut porter l’uniforme et l’arme. Inimaginable donc qu’on en vienne à diligenter des enquêtes à la suite de bavures avérées ou supposées comme cela se fait dans tous les pays dits de droit. Ou encore d’espérer que pour le symbole et l’exemple, la hiérarchie en arrive à présenter des excuses publiques ou à tenter la moindre réparation vis-à-vis d’un citoyen martyrisé. Faire respecter l’ordre et l’autorité rime avec la volonté d’imposer la souffrance, la peine et le déshonneur à ses compatriotes. On peut compter sur le sulfureux copinage avec des responsables de médias en prévisions à toute éruption médiatique défavorable aux hommes en armes et en uniforme.

Amitiés François ! Il n’y a que cela qui soit possible encore !

Par Arimi Choubadé
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