La prime à la démocratie contre la prime à la guerre…

vendredi 21 octobre 2011 par Arimi Choubadé

L’industrie de la paix (ou de la guerre) en plein boum. Même le prix Nobel n’échappe pas à l’odeur du souffre et des bombes meurtrières. Libéria, Chine, Yémen, Etats-Unis, Moyen Orient, Irak, partout où ça crache du feu. Retour à Ellen Johnson Searleaf, la présidente du Libéria, première femme chef d’Etat en Afrique, chouchou du prestigieux jury de Stockholm pour 2011. Étrange coup d’éponge sur le rapport officiel dans lequel figure la candidate à sa propre succession à la tête du Libéria comme un ancien suppôt du redoutable rebelle Charles Taylor aux prises avec la justice internationale pour de nombreux crimes de guerre. Cerise sur le gâteau, la réélection du prix Nobel de la paix 2011 tient en grande partie à un soutien inespéré d’un autre chef de guerre, Prince Johnson, auteur d’exécution et de mutilation, les plus médiatisées d’un chef d’Etat en fonction. Il ne cache même pas son espoir de pouvoir échapper à la justice internationale en apportant son soutien à Searleef au second tour de la présidentielle 2011 dans son pays. À la fin, on se pose la question de savoir si la paix et la guerre ne sont pas synonymes en relations internationales.

Imaginez le dépit des pays, ignorés des projecteurs internationaux parce qu’il ne s’y produit presque jamais des étincelles à l’origine d’affreuses tueries, des exécutions sommaires, des mutilations, des nettoyages ethniques. Pendant que des Libériens et Sierra-léonais se coupaient les bras pour le diamant et l’or ou dans les plantations d’hévéa, un pays comme le Bénin montrait la voie de la démocratie et de la transition pacifique à tout le continent. Ironie du sort, c’est à Cotonou qu’ont eu lieu les négociations inter-libériennes ayant conduit à la paix lors des deux années de présidence en exercice de la Cedeao du président Soglo. Sur le plan des symboles, ce dernier peut se targuer d’avoir été le premier président africain de l’ère du renouveau démocratique, élu au suffrage universel, parti du pouvoir après avoir été déclaré battu par les urnes sans chercher à faire verser du sang de ses compatriotes. Parcours donnant droit logiquement, pour lui-même et pour son pays, à tous les honneurs internationaux.

Mais, il y a longtemps que la prime à la démocratie ne fait plus tellement recette parce que trop exigeante et moins abondante par rapport à tout ce qui se dépense sur les sentiers précédés par les guerres et l’effroi. L’industrie de la guerre (ou de la paix) capte l’essentiel des crédits des gouvernements les plus riches au monde à travers la diplomatie, le droit d’ingérence, le nouvel ordre mondial, la lutte contre le terrorisme, la course à l’armement etc…Mais porter son pays d’une croissance négative jusqu’à près de 7% en un mandat de 5 ans sans découverte de nouveaux gisements de pétrole, d’or ou de diamant n’ouvre pas autant de porte que lorsqu’on l’a précipité vers les troubles, la violence et le chaos.

Un pays sort de plus de 10 ans de guerre, d’atrocité, et bénéficie de plus d’attention, plus d’honneur et d’opportunité qu’un autre astreint à l’observance des règles du pluralisme, de la liberté de presse et de la bonne gouvernance économique. Comment se fait-il que trois alternances au pouvoir en moins de 20 ans ne puissent pas faire de Yayi Boni la coqueluche du G20, de l’Assemblée générale de l’Onu ou de l’Ua indépendamment des imperfections reprochées au système ? de quoi faire regretter à certains de ne pas avoir tout détruit et tout incendié sur leur territoire afin de bénéficier du droit à la reconstruction, des programmes d’urgence, de l’aide et du soutien des grands de ce monde. Une sorte de prime à la guerre, objet de frustration pour tous ceux qui œuvrent pour que leurs territoires respectifs ne connaissent jamais les affres des conflits armés meurtriers.

Il vaut mieux néanmoins l’injustice internationale que le pacte avec le diable…

Par Arimi Choubadé
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