La leçon d’un Hadj maudit ???

lundi 31 octobre 2011 par Arimi Choubadé

Partirons, partirons pas ? Aujourd’hui ou demain ? La passion du pré-Hadj toujours aussi enfiévrée et aussi présente dans la vie des musulmans béninois. Trois ans de Haut commissariat pour les pèlerinages directement rattaché à la présidence de la République n’y ont rien changé. La mosquée de Zongo à Cotonou conserve tout son statut de sanctuaire inamovible du pré-hadj (tentes, bâches, pèlerins endormis à même le sol, odeurs pestilentielles de toilettes saturées). La Mecque commence forcément par ce camp infeste, haut lieu de la malpropreté. L’édition 2011 n’a pas dérogé à la tradition, cette fois-ci, avec un retentissement exceptionnel. Limogeage de l’emblématique Haut commissaire au pèlerinage, El Hadj Rafiou Toukourou, en plein doute sur l’effectivité ou pas du départ en lieu saint de l’islam. Exceptionnalité de cette édition 2011 consacrée quelques jours plus tard par une autre mauvaise nouvelle : aucun embarquement à bord d’un avion pour l’Arabie Saoudite à partir du sol béninois. Ce serait finalement un transbordement par bus par le Nigéria proposé à l’ensemble des candidats au rite. Sans aucune garantie que tous verraient la Kaaba en bout de course.

C’est vrai que lorsqu’on aborde la question du Hadj au Bénin, les fantasmes prennent automatiquement le pas sur toute espèce de rationalité. Et pourtant, partout dans la sous région s’observent ces genres de pagaille et de fébrilité. Le Togo, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Niger, le Sénégal et même le grand Nigéria sont loin d’être des modèles infaillibles en la matière. Mais au-delà du gigantesque désordre favorable aux spéculateurs de tous acabits, on retrouve un tronc commun à tous ces pays ; c’est la difficulté d’assurer le transport des pèlerins. Par avion, par bateau, à dos d’âne ou même à pied ; tout le problème du pèlerin c’est d’arriver en terre sainte de l’islam. Le reste n’a aucune espèce d’importance. Les conjectures s’enflamment très souvent autour des incertitudes autour de la disponibilité d’avion. Les autres déboires passent au second rang. La nuit à la belle étoile, les repas indigestes, les spéculations sur les frais de santé, les bagages perdus apparaissent comme peccadilles sans intérêt dès que le pèlerin peut se prévaloir d’avoir foulé la terre sainte. La croyance populaire se charge d’inscrire l’observance de ce pilier de l’islam dans la rubrique des pénitences religieuses indispensables pour le renforcement de la foi.

En d’autres termes, toute action pouvant garantir chaque année à chaque pèlerin une place dans un avion pour le voyage serait considéré comme une œuvre divine. Véritable casse-tête dans une sous région pratiquement orpheline de compagnie aérienne d’envergure depuis la disparition de Air Afrique. Or, les règles de navigation aérienne surtout à l’occasion du Hadj ayant été renforcées, n’importe quel appareil n’est plus admis à se poser sur le sol saoudien alors que le nombre de candidat au Hadj est en nette augmentation d’année en année. Sans oublier que les compagnies traditionnelles rechignent à s’engager sur une opération qui n’a lieu qu’une fois l’an nécessitant d’énormes contraintes – le nombre impressionnant de clients, l’engagement d’observer l’aller-retour dans un intervalle de plusieurs semaines. Ne parlons pas du risque pour ces compagnies de bouleverser le service dû à leur clientèle traditionnelle au profit d’un marché occasionnel qui ne se présente qu’une seule fois l’an.

Les candidats au Hadj pour la plupart des voyageurs de circonstance n’ont pas les mêmes exigences que des hommes d’affaires ou des touristes avertis. Des proies faciles pour tout convoyeur autoproclamé. Une leçon à retenir cependant à travers l’initiative de transbordement par le Nigéria ; la preuve qu’il existe bien une solution très peu explorée jusque-là à savoir une sorte de mutualisation des expériences entre plusieurs Etats. On aurait pu envisager plus tôt de s’allier à d’autres pays voisins afin de maximiser les opportunités. Une manière de rompre avec le fatalisme ambiant sur fond d’escroquerie, de manipulation, de spéculation et de dévotion.

Le commerce au nom de Dieu…

Par Arimi Choubadé
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