Quelques larmes sur les rues-marchés de Cotonou ???

mardi 8 novembre 2011 par Arimi Choubadé

Enfin la téléréalité à la béninoise. Émotion garantie avec le spectacle à la Une des médias de débris de baraques jonchant les rues de Cotonou suite au passage des démolisseurs municipaux. Vendeuses en sanglot, récits compatissants et autres scènes de désolation tournés en boucle permettent d’entretenir la commisération populaire vis-à-vis des « victimes ». Surtout lorsque l’Eglise se défend d’en être la complice, sous l’alibi de la venue du Pape. La charité chrétienne ne saurait revendiquer le déguerpissement brutal et sauvage de pauvres hères en quête de pitance au bord des rues. Seul bourreau désormais à la barre, le maire de Cotonou. Nicéphore Soglo, coupable d’en rajouter à la misère ambiante en empêchant les honnêtes gens de gagner leur vie. A peine si certains ne réclament pas pour Hercule national la guillotine au motif qu’il aurait trahi son serment de faire le bonheur de ses administrés.

C’est vrai que dans ce concerto particulièrement bruyant à la veille de l’arrivée de Benoit XVI au Bénin, la partition de Wologuèdè parait floue. Ce que retient la grande majorité des Cotonois est qu’on dégage les squatteurs pour des questions d’esthétiques liées à la visite papale. Un raccourci propice à la débauche de compassion au sein de l’opinion : le puissant Pape Benoit XVI contre les pauvres vendeurs à la sauvette. Lugubre, injuste et dégoutant, le tableau. Pourtant, il existe une autre réalité, non passionnelle celle-là, à savoir la désertion des nombreux marchés d’arrondissement réalisés à grands frais au profit des étales sauvages de rue, installés au mépris de toutes règles. Personne ne semble voir, en effet, en ces pensionnaires des marchés, des victimes de la concurrence déloyale des squatters. Les Cotonois en transit à Accra, Ouaga, Bamako, Dakar ne se privent pas de s’extasier en constatant que les rues et les places de marché n’y jouent pas les mêmes rôles. D’où provient alors le procès autour des opérations de déguerpissement ?

Il est loisible aux amis des squatters d’initier une pétition afin d’interdire au conseil municipal d’engloutir des ressources de la ville dans la construction de places de marché ou de procéder à leur fermeture pure et simple. Tous les commerçants pourraient ainsi se retrouver dans la rue. Il ne resterait qu’à rechercher une autre solution pour piétons, motocyclistes et automobilistes dans leurs déplacements, une fois les rues entièrement concédées aux vendeurs. La prétendue clameur populaire se plaindrait de l’encombrement de la circulation urbaine à Cotonou tout en réprouvant le fait de déloger les occupants anarchiques des abords de rue. Allez-y comprendre quelque chose. Surtout que Soglo a pris la précaution de faire réhabiliter, au préalable, le maximum de place de marché. A l’opposé, de l’autre tristement célèbre déménageur de Wologuèdè qui cassait tout sur son passage sans se préoccuper de l’état de délabrement des lieux d’accueil que sont ces marchés de quartier et d’arrondissement.

Peut-être aussi que certaines âmes catholiques ne supportent pas que le nom de sa sainteté de Rome soit mêlé à un contexte du genre. Mais il faut bien que cela commence un jour. A ce jeu, la mairie de Cotonou n’est certainement pas la première à surfer sur l’alibi papal. Plusieurs mois avant le déclenchement de l’opération municipale de déguerpissement, il y a eu les destructions systématiques de baraque sur l’esplanade du stade de l’amitié, au nom de la venue du Pape. Soglo n’avait qu’à s’engouffrer dans la boite de pandore surtout si cela permet de venir à bout des réticences au sommet de l’Etat vis-à-vis de la mise en œuvre des différents projets d’embellissement des rues de Cotonou. Peut-être enfin que l’émoi en question n’est pas aussi désintéressé que cela ; 2013 (les élections municipales) n’étant pas très loin.

De l’émotion politique donc ???

Par Arimi Choubadé
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