Les primes de la décadence…

jeudi 10 novembre 2011 par Arimi Choubadé

Un Etat-employeur pauvre et très très endetté, et des fonctionnaires immensément riches. Encore une autre de ces exceptions dont le génie béninois a le secret. La magie des primes et indemnités parait-il ; grâce à elles, n’importe quel petit commis de l’Etat est en mesure d’afficher un patrimoine propre de plusieurs dizaines de millions de Cfa en quelques années de fonction. L’histoire de ce cadre d’office d’Etat devenu distributeur de motos, d’équipements sportifs, de postes téléviseurs à des élus locaux après à peine une décennie dans la courtisanerie. Dire que ce même cadre, à une époque récente, se trainait difficilement sur sa mobylette démodée dans les rues de Cotonou. Ne parlons pas de ces autres cadres de l’administration publique capables d’animer des meetings, des marches de soutien, des fêtes populaires à coup de billets de banque. Les agents d’offices publics ou semi-publics propriétaires de plusieurs immeubles cossus à Cotonou et environs se comptent par centaines. Comme les primes et autres indemnités malicieusement tirées des ressources publiques d’un Etat pauvre, très très endetté peuvent faire des riches aussi vite et aussi facilement !

Fonctionnaires ou chasseurs de primes ? Allez-y comprendre comment un employé, payé à moins de 100.000 Cfa le mois, parvient à se payer une voiture de luxe d’une dizaine de millions, une maison d’une vingtaine de million et plusieurs maitresses entretenues à raison de plus de 100.000 Cfa l’une. Excusez du peu cette vulgaire caricature mais elle n’est certainement pas si loin de la réalité. De sorte que la fonction publique ne conserve pratiquement plus rien de son caractère de sacerdoce. Se mettre au service de la nation rime désormais avec business. Le vol de deniers publics a acquis par ce truchement une onction légale et officielle. On n’a plus besoin de se mettre en posture de détourneur de deniers publics puisqu’il suffit de multiplier les missions fantaisistes, créer les primes complaisantes et les indemnités clientélistes pour contourner la difficulté. Pressions fiscales et renchérissements des prestations au public permettent de soutenir l’inflation sur ces avantages en constante augmentation.

L’exercice ne consiste pas à soutenir ou à décrier la trouvaille de la suppression ou de la suspension des avantages dus aux agents. Un soutien à tel ou tel autre protagoniste ne servirait qu’à en rajouter aux tourments qui s’annoncent sur la paix sociale. Cela fait des années que le processus de pourrissement a commencé sans que personne ne trouve à redire. A défaut d’appliquer des solutions adéquates visant à mieux maitriser l’ardoise des primes, on aurait pu bêtement se poser la question de savoir pourquoi il y en avait moins sous l’époque coloniale. L’augmentation du nombre d’agents ne saurait expliquer, à elle seule, cette inflation exceptionnelle. Pourquoi ne pas revisiter le concept de communautarisation des agents en fonction de leur profil et de leur fonction ? L’époque où la construction d’une école est automatiquement accompagnée de la construction d’un foyer d’habitation pour les enseignants. Il en était de même pour les personnels de centres de santé, les ouvriers d’usine, les agents d’offices ou autres entreprises publiques ou semi-publiques. L’époque du jumelage systématique des unités de production avec les logements aux travailleurs ! Sans oublier les camps habités pour les militaires et assimilés. Ce qui supprime de fait les indemnités de logement et de déplacement. D’autres primes peuvent disparaitre également grâce à une mutualisation de certaines prestations liées à l’éducation des enfants, à la santé, à la fourniture de l’eau et de l’électricité ou à d’autres besoins vitaux. Mais le revers de tout cela, c’est la réduction drastique du nombre de fonctionnaires présidents de parti politique, organisateurs de meetings, amateurs de relations extraconjugales etc…

Au commencement de la gabegie étaient donc les primes et indemnités…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1017-les-primes-de-la-decadence.html

Messages

  • Bravo Arimi !
    Vous avez touche le cœur du probleme. Les cadres post-coloniaux se sont empresses de remplacer les blancs pour mieux se servir au detriment du contribuable. Outre primes et indemnites, il faut ajouter le ranconnement des usagers. Tenez, obtenir un abonnement d’eau a la SONEB, un abonnement d’electricite a la SBEE ou d’autres services elementaires relevent du calvaire si vous n’etes pas prets a huiler les rouages adminstratifs de ces societes, a moins que vous soyez un ’privilegie’.
    L’annonce de la suspension arbitraire par le Chef de l’Etat
    signale un malaise qui ne saurait etre cache. Les caisses de l’Etat sont en souffrance et il faut trouver des boucs emissaires. Sinon la gabegie a toujours ete erigee en systeme de gestion depuis les independences. Yayi semble faire le beau pour tromper les beninois.