Des déguerpissements mortels pour l’économie informelle…

mercredi 23 novembre 2011 par Arimi Choubadé

Ce qui reste de l’économie parallèle, après le passage des bulldozers ! Le véritable grand sujet lié aux opérations de déguerpissement à Cotonou et environs. Il suffit de zapper sur les lamentations télévisées des prétendues victimes pour s’apercevoir qu’il s’agit d’une question de gros sous. Des centaines de millions partis en fumée. L’économie sauvage, cette gigantesque toile échappant à tout contrôle où des anonymes brassent de considérables ressources sans être fichés nulle part dans les registres du fisc. Des années qu’on conjecture autour de ce tentaculaire secteur informel tenu en dehors du trésor public par des gens qui abusent des espaces publics en l’occurrence les rues, les places publiques, les espaces aménagés au frais du contribuable. Acteurs sociaux d’un genre spécial, véritables jouisseurs des infrastructures sociocommunautaires mais dont la contribution au trésor public est presque négligeable. Eux qui revendiquent la commisération nationale au motif qu’ils auraient des enfants, des femmes, des proches à nourrir.

L’absence de statistiques précises n’interdit pas de simples observations. Les autorités municipales ont effleuré un aspect de la traque indirecte contre l’économie informelle grâce à leur plaidoyer en faveur de la réhabilitation des différents marchés de quartiers et d’arrondissement. A travers ce souci de mettre un frein à la concurrence déloyale que font les étalages et les baraquements sauvages de rue aux vrais marchés réalisés à grands frais sur fonds du contribuable. Les gars du fisc peuvent en rajouter la déloyauté des squatters vis-à-vis des entreprises légalement établies assujetties à toute sorte de taxe et de contraintes à savoir personnel, patrimoine propre, compte d’exploitation, documents comptables. C’est évident que le traumatisme provoqué par la brutalité des engins démolisseurs pourrait inciter de nombreux squatteurs à formaliser leurs activités. Ce qui élargirait considérablement les gisements fiscaux du pays.

Revenons sur les incidences dites sociale des casses de baraques sauvages. Il s’est même trouvé des Béninois pour gaspiller larmes et émotion face aux turpitudes des vendeurs d’essence en vrac ; bien que ce trafic ait causé plusieurs morts et des mutilés à vie à la suite d’incendies meurtriers dont les propres enfants, femmes, maris et proches des trafiquants eux-mêmes. Quid des autres squatters dont les chiffres d’affaires portent sur des centaines de millions et qui exploitent inhumainement ce qui leur tient lieu de personnel. Cela explique peut-être pourquoi le clan des marginaux est en nombre croissant. A l’instar de ces citoyens presque insensibles à toutes les transformations de la société même les plus douloureux à savoir l’inflation, les irrégularités sur les factures d’électricité et d’eau, les dégradations du service public, les agitations sociopolitiques. Même privés de droit de vote par le truchement d’un fichier électoral totalement « pourri », ils ne pipent mot parce que s’engraissant facilement au coin de rue sur le dos de tout le monde.

Personne ne s’est vraiment préoccupé de l’exploitation faite des revenus tirés de cette économie de rue, des places publiques, des espaces publics aménagés qui se dégradent, attendant en vain des ressources pour être réfectionné. Au-delà donc des questions d’esthétiques, les déguerpissements urbains posent le débat du retour à l’économie réelle ; un combat qui dépasse le simple cadre municipal puisque déterminant pour l’ensemble du budget national et pour toutes les politiques économiques élaborées depuis des décennies. Pour une fois, l’économie parallèle est menacée jusqu’à ses tréfonds et il ne tient qu’à l’ensemble des pouvoirs publics de lui donner le coup de grâce. A moins que les agendas cachés ne reprennent le dessus

Le Pape et sa passion sont bien loin déjà…

Par Arimi Choubadé
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