Dévaluer le « vent » ???

mercredi 30 novembre 2011 par Arimi Choubadé

Alerte sur l’« autre » monnaie de la France ! Celle qu’elle réserve à sa basse cour héritée de la colonisation, au sud du Sahara. Allusion à ces 14 Etats, uniques au monde, accrochés à une monnaie qui ne leur appartient pas et sur laquelle ils ne détiennent aucune prise. Une rumeur logique sur la dévaluation du Cfa annoncée pour l’horizon janvier 2012, le parrain lui-même étant aux prises à une rude conjoncture dont personne ne connait l’issue. Selon toute vraisemblance, les difficultés ne viendraient pas des errances rédhibitoires des parias de la zone Cfa mais des excentricités du tuteur, ancien colon (surendettements, déficit record, chômage, baisse des exportations) etc.... La dévaluation éventuelle du franc Cfa se présente alors comme une opération de sauvetage de la France en chute libre plutôt que comme des mesures tendant à rendre plus compétitives les économies de la zone franc. Les nègres tirailleurs conviés à nouveau à voler au secours de la mère patrie, le pays de nos ancêtres, les gaulois, désireux de garder sa place dans le concert des nations « supérieures ». Nos confrères du journal La Voie ont donné un juste aperçu des objectifs de la dévaluation à venir : prendre plus d’argent aux africains pour moins de prestation. Considérant le caractère de dépotoir universel dévolu à l’espace Cfa – consommant ce qu’il ne produit pas et exportant ce qu’il produit – la manœuvre ne risque pas de foirer.

Mais cela, aucun dirigeant africain ne l’ignore. Tout le monde est conscient que si le poids économique de l’Afrique est si négligeable sur le marché international c’est à cause de son ventre mou constitué de ces 14 marginaux. On a bien vu l’émoi sur les places financières internationales parce que la minuscule Grèce a été placée sous ajustement structurel. Faudrait-il rappeler que voilà près de trois décennies que presque tous les pays de la zone Cfa subissent ces mêmes programmes sans arracher la moindre larme aux défenseurs de veuve et d’orphelin de la planète. L’arrimage supposé du Cfa à l’Euro ? Du délire ! Angela Merkel n’a jamais éprouvé le désir de rencontrer Yayi, Bongo, Ouattara ou Wade dans la recherche des solutions de l’Euro-groupe. A moins que la seule présence de Nicolas Sarkozy suffise à prendre le pouls des marginaux d’Afrique francophones sous domination de la monnaie du maitre des temps modernes. C’était pourtant une évidence que quelque chose devrait se passer à propos du Cfa vu l’effervescence provoquée en Europe, en Amérique du nord et en Asie. Et beaucoup de descendants de tirailleurs de s’étonner de l’absence d’anticipation et de réactivité de leurs dirigeants. Sachant très bien que l’existence de cette monnaie n’est qu’un des aspects de la survivance des liens coloniaux, en plein 21ème siècle.

La faute à qui ? Aux seuls dirigeants africains ? Les pauvres ! La dérision de Obama est encore dans toutes les mémoires : oui aux institutions fortes, non aux dirigeants forts ! Ces derniers ne sont d’ailleurs forts que lorsqu’il s’agit de bourrer les urnes, d’organiser des élections sans listes électorales fiables, de payer le suffrage des électeurs à coup de kg de riz et de billets de banque, de népotisme, de comptes bancaires en suisse, de détournements de deniers publics, de marchés gré à gré. Des aptitudes qu’on ne leur retrouve malheureusement pas lorsqu’ il s’agit de doter leurs pays respectifs d’instruments capables de libérer les énergies et les compétences ou capables de rompre les liens tutélaires avec l’ancien colon. C’est une évidence qu’il est hors de portée de Yayi de tenter de sortir le Bénin de la zone Cfa sans se faire débarquer par les chiens de garde de la Françafrique. De toutes les façons, personne ne s’occupe de la réflexion autour de l’avenir du Cfa ni au Bénin ni au Togo ni au Cameroun ni partout ailleurs dans la zone Cfa. Les experts de la banque de France s’en chargent déjà.

Dévalué ou pas, le Cfa, c’est du vent par ici ! on y peut rien !

Par Arimi Choubadé
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