Le massacre du « Le Béninois libéré »…

vendredi 9 décembre 2011 par Arimi Choubadé

Rayé du paysage médiatique, le Béninois Libéré ! Cette fois-ci, la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication y est allée avec l’artillerie lourde : suspension pour l’organe, radiation (jusqu’à nouvel ordre) pour le promoteur et le directeur de publication. Le tribunal spécial pour journaliste franchit un nouveau palier sous l’éclairage de ses 9 juges impériaux, majestueux, rigoureux, impitoyables. Ceux qui se demandaient, au sein de la profession, à chaque programmation d’auditions publiques, jusqu’où irait la répression des journalistes sont désormais édifiés. Peut-être une privation de la liberté de mouvement si les deux « renégats » du Béninois Libéré posaient de nouveaux actes assimilables à un « outrage » à l’auguste institution. Après ce qui est arrivé à ces confrères n’attendez pas de moi de porter des jugements de valeur sur les sentences au risque de tomber sous le coup d’une jurisprudence découlant justement du prononcé du 08 décembre 2011. Et pourtant ce n’est pas l’envie qui m’a manqué.

Néanmoins, il y a des questions que la simple menace de sanction pour « critique d’une décision de la Haac » ne saurait éclipser. Concédons aux juges pour journalistes le droit de rendre leur justice tel qu’ils la conçoivent. On leur demande juste de poursuivre sur la même lancée en nous éclairant sur les conséquences juridiques et sociales de leurs décisions. Le journal suspendu Le Béninois Libéré possède une double existence juridique : immatriculé en tant qu’organe de presse mais également au registre du commerce en tant qu’entreprise privée. La sanction du prétoire combiné aux mesures conservatoires entravent aussi bien l’organe de presse que l’entreprise. Or, ce dernier aspect c’est-à-dire l’entreprise est presque un totem lorsqu’on revendique la culture de l’économie de marché. Il s’agit donc d’une entité sociale et économique faisant vivre plusieurs individus en contribuant à l’élargissement de l’assiette fiscale. A moins de démontrer que Le Béninois Libéré n’est assujetti à aucune contribution au budget national. Ou qu’il n’y a que Aboubakar Takou et Eric Tchiakpè qui interviennent dans la chaine de livraison du journal depuis la conception, la fabrication, la distribution et la vente. Si ce n’est pas le cas, quelqu’un pour nous dire alors par quel principe de justice les autres employés devraient payer pour des fautes imputées à leurs responsables. Le droit à l’emploi et la sécurité du travail font partie des responsabilités des pouvoirs publics, Haac comprise en tant qu’institution républicaine.

Comment ne pas éprouver une certaine révolte face à cette image de grand délinquant collée aux journalistes à travers ces peines tous azimuts ? On est en train de sortir progressivement de la logique de délit de presse pour glisser vers celle de crime de presse. Pour être radié d’une profession, publiquement, avec autant de tapage, il faut bien se rendre coupable d’un acte dont l’ignominie vaut à ses coupables de vivre leurs derniers jours dans l’indigence, sans emploi, sans statut parce qu’une instance de régulation en aurait décidé ainsi. Heureusement qu’il n’y a pas d’institution pour s’occuper des erreurs de médecine, de la transhumance des députés, des surfacturations, des détournements et autres actes préjudiciables au décollage économique du pays et à la lutte contre la pauvreté. Peut-être qu’une « takouterie » dans Le Béninois Libéré est pire qu’un détournement des fonds devant servir à la construction d’une maternité.

Et puis ce n’est pas juste de continuer à faire répandre la fausse idée selon laquelle, les journalistes seraient au dessus des lois jusqu’à l’avènement de la Haac. Au Bénin, depuis toujours, tous les délits de presse sont passibles devant les tribunaux de droit commun. Notre pays possède d’ailleurs, l’une des législations les plus rétrogrades en la matière à travers la survivance des peines privatives de liberté. Il n’était point nécessaire de rajouter des procédures répressives à la soviétique. Nul doute que les derniers exploits de la Haac feront, dans les jours à venir, les choux gras des statistiques des organismes internationaux de défense des libertés de presse. Quelqu’un enfin pour me dire la prochaine destination de Takou et associé désormais exclus de la famille des promoteurs d’organes de presse.

Bientôt des promoteurs de tracts ???

Par Arimi Choubadé
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