La preuve d’une dénonciation sans preuve…

mercredi 14 décembre 2011 par Arimi Choubadé

Heureusement qu’elle n’est ni journaliste ni promoteur d’organe de presse. Elle peut donc accuser tous les magistrats du Bénin d’être des pourris sans en apporter les preuves et sans en répondre devant des juges spéciaux. Même si les déclarations en question ont fait le tour des médias nationaux et étrangers. Un ministre de la République sort ses griffes contre la communauté des juges, les taxe tous de corrompus, n’étaye ses accusations par la moindre anecdote probante, et personne ne tente de lui intenter un procès en avilissement de l’image de toute une corporation. Aucun garant de morale et d’éthique n’a décelé la moindre entorse à l’ordre public, à l’image de la République ou à la dignité des concernés. A peine si on accorde aux « dénigrés », livrés à la vindicte populaire le droit de s’élever contre de telles accusations malgré leur dangerosité et l’explosivité de leurs conséquences sur la paix sociale déjà très fragile.

Le Garde des Sceaux parle pourtant de corruption de juge, infraction très grave en comparaison aux extravagances d’écrivaillons. Et personne n’a encore été radié. Encore une démonstration grandeur nature du « génie » béninois : tolérance zéro pour les journalistes, dénonciations sans conséquences pour tous les autres. En effet, avant la honte que les juges béninois inspirent au ministre Elise Gbèdo, c’est le sommet de l’Etat lui-même qui s’est ému de la déchéance à la douane, de l’imposture chez les syndicalistes, de l’apatridie des députés, de l’anarcho-gauchisme chez les enseignants, de la filouterie autour des primes dans les sociétés et offices d’Etat. Tout cela sans qu’aucune tête ne tombe. Les seuls « gangsters » passibles des pires sanctions sont les écrivaillons irrévérencieux qui osent mettre en doute la crédibilité électorale des chefs-d’Etat-pères-de-la-nation du Conseil de l’Entente fraichement ressuscité.

On s’étonne néanmoins que Gbèdo nous rejoue la chansonnette de la crieuse citoyenne moralisatrice dépourvue de moyen pour agir. Elle est à présent Garde des Sceaux, ministre de la Justice et dispose désormais de sa fameuse loi anti corruption. A moins que le coup de gueule déclencheur de lire des magistrats n’exprime une large désillusion face à l’inadéquation de la dite loi. Elle n’avait plus besoin de s’épancher dans les médias au risque de provoquer une énième crise sociale si elle était convaincue d’avoir enfin entre les mains l’instrument capable de mettre hors d’état de nuire tous les corrompus de la République, à commencer par les juges. Surtout que l’organe sensé accomplir l’œuvre de salubrité publique, selon la loi anti-corruption, est directement placé sous l’autorité du gouvernement donc du ministre de la Justice. Une structure qui échappe, en principe, à l’emprise des magistrats.

On suppose que le Garde des Sceaux a de sérieuses raisons de planter son glaive anti-corruption en plein cœur du jardin des juges ; et qu’il ne s’agit pas d’un saut d’humeur ou d’une vengeance personnelle de l’avocate réglant ses comptes personnels avec des juges dont elle a subi l’impérialité durant toute une carrière. La refondation ne saurait survivre à un classement sans suite des affirmations aussi graves d’une de ces affidés. Parce que s’il s’avérait que la boutade est fondée, on devrait vider tous les juges du Bénin des prétoires et les faire remplacer illico par une autre légion peu encline à l’affairisme et la combine à tout vent. Tant qu’il en resterait un seul dans la bergerie, aucun justiciable ne se sentirait en sécurité, en tout cas pas après avoir entendu tout ce que leur ministre de tutelle a dit d’eux.

Les radier tous comme on l’a fait à Takou ?

Par Arimi Choubadé
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