Ecureuil-mania…

jeudi 30 août 2007 par Arimi Choubadé

Un chambre d’hôtel pour le docteur-président à Accra, un ministre qui se met à la place de l’entraîneur dans les vestiaires entre deux mi-temps, un public sportif entièrement endoctriné sur une victoire acquise à l’avance sur la Sierra Léone. Le disque tourne sans répit sur le même tempo. Comme si la qualification est déjà dans la poche et que les garçons peuvent envisager Ghana 2008 en toute quiétude. Bien qu’ils soient 3 ème du groupe, derrière le Togo et le Mali. Tout le monde veut gagner sur les Ecureuils avant qu’eux-mêmes ne gagnent sur le rectangle vert.

Tous les amateurs du foot savent à quoi rime les excès de confiance et le mépris de l’adversaire. Des armes indispensables pour le camp d’en face. Pendant que les nôtres occuperont leurs esprits sur d’imaginaires chambres d’hôtels à Accra les autres s’appliqueront à préserver leur honneur sur leurs propres installations. Tous les ingrédients du match-piège sont réunis dans la confrontation du 9 septembre à Freetown. En considérant que l’équipe qui accueille n’a rien à perdre. La pression est donc du côté de Wabi Gomez et de ses poulains. Ce qui suppose plus de concentration et de détermination.

Or, on sait que ce n’est pas la meilleure manière de permettre à un professionnel de se concentrer que de le priver de son coach à une pause pour un discours de ministre. Un peu comme cette ridicule célébration d’après match à la suite de la victoire sur le Togo. Au lieu d’une bonne douche et d’une séance de décompression, on a préféré enrôler les enfants dans une parade épuisante dans les rues de Cotonou suivie d’un show improvisé au domicile du chef de l’Etat.

Le confrère sportif de L’Autre Quotidien s’étonnait à juste titre sur une radio de la place de l’angélisme ambiant autour du foot béninois ces derniers jours. C’est vrai que le team national a réalisé des prouesses exceptionnelles au classement mondial Fifa-Coca-Cola par une forte pression sur le haut du tableau. Le Bénin est passé de la 115 ème à la 79 ème place en moins de 6 mois. Une nation footballistique émergente en attendant que le reste ne suive. C’est dans ce même pays que un mois après la dernière journée du championnat national, on ne peut toujours pas désigner le champion. D’ailleurs cela n’intéresse que très peu de gens, la grande masse étant trop occupée par la fête préventive organisée à l’intention des Ecureuils.

Tout ne va pas juste parce que l’équipe nationale fait des résultats. Au contraire la situation actuelle appelle plus de sérénité dans les prises de décision. Si, pour les princes actuels, l’objectif est de se satisfaire du leurre actuel, pas de problème. En tout cas on est loin d’une vision sensée construire à terme une nation du foot et du sport en général. Nul n’est en mesure de prédire ce que sera le Bénin du foot dans 4 ou 5 ans. L’effectif actuel est vieillissant. A quelques deux ou trois exceptions près, il se base sur les mêmes gars qu’il y a 3 ans en Tunisie 2004.

C’est le même excès de confiance qui a été à l’origine du gaspillage des espoirs nés de la Can junior de 2005 à Cotonou et de la participation des Ecureuils de la catégorie au championnat du monde en Hollande la même année. La suite, on la connaît. Des Ecureuils transformés en donneurs universels de points lors des éliminatoires de la Can 2006 avec deux défaites, deux nuls à domicile plus quatre défaites à l’extérieur. Il n’y a qu’un seul langage à tenir aux enfants : ils ne sont pas qualifiés et l’adversaire dispose de beaucoup de moyens pour nous barrer la route de Ghana 2008. Mais un discours pareil ne relève ni du chef de l’Etat encore moins du ministre des sports.

« Chaque caïman dans son marigot »

Par Arimi Choubadé
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