Des vœux au goût de fuel…

lundi 16 janvier 2012 par Arimi Choubadé

Panne sèche en pleine litanie de vœux : prospérité, paix, succès, longévité et … blablabla…. Tout ceci avant toute la population ne soit conviée, dès l’aube du 1er janvier 2012, à poursuivre les échanges de bons mots à partir des interminables queues aux abords des stations-services. L’insolite des quatre baisers traditionnels entre deux voisins de file d’attente, devant une pompe d’essence, a été multiplié à l’infini sur l’ensemble du territoire national, du moins dans les rares bourgs où on peut trouver une station-service approvisionnée. Un tout nouveau rituel introduit dans les célébrations du nouvel an de 2012 au Bénin que l’on doit à l’ami et protecteur Jonathan Goodluck qui a décidé d’imposer à son Nigéria des augmentations de prix de l’essence : plus de 100%, d’un seul coup. Lui, Goodluck, qui mettait en garde contre toute tension postélectorale à ses frontières après le K.O du 13 mars au Bénin, allumait ainsi une flamme-mèche de plus dans son pays déjà en proie à des troubles internes sanglants. Il fallait désormais ajouter aux tueries ethnico-religieuses, la grève générale et les manifestations de rue. Une grippe chez ce géant de l’Ouest Afrique synonyme de gageure et de spleen généralisé aux frontières.

Pour les Béninois, le gout du fuel ne s’arrête pas uniquement aux impressionnantes foules autour des stations-services et des bouchons qu’elles provoquent dans les rues avoisinantes. C’est pratiquement une crise dans la crise puisque les tarifs du transport ont littéralement explosé (5.000 Fcfa pour Cotonou-Abomey au lieu de 2.000 précédemment ; 1.500 pour les 30 km entre Cotonou et Porto-Novo ; 15.000 pour Parakou-Cotonou). Certaines destinations ont purement et simplement disparu du trafic faute de station-service et d’un marché noir. On imagine les incidences sur un panier de la ménagère déjà très famélique. Encore une fois, la fatalité a parlé. Le Bénin devrait geindre, en silence, pour une situation à laquelle il est totalement étranger. Le gouvernement d’un pays voisin supprime des subventions pour des raisons de politique interne et le pays d’à côté s’en trouve ébranlé jusqu’à ses fondements. Vive l’indépendance ! vive la gouvernance responsable !

Le malheur n’arrivant jamais seul, tout le pays a été isolé du réseau mondial d’internet durant plusieurs jours, toujours en ce mois de janvier 2012 alors que la panne sèche bat son plein ; un incendie sur les installations de l’Opt en quasi monopole sur la fourniture de l’internet. Cybercafés, administration publique, banques, assurances, port, aéroport ont connu de sérieuses perturbations pour ne pas parler de paralysie dans certains cas. Cerise sur le gâteau : fréquentes coupures d’électricité et d’eau courante, drames sur des axes routiers complètement défoncés. Aux premiers jours de 2012. Pendant que les perspectives parlent de grisaille sur le marché financier international, de déboires des protecteurs présumés européens, de risque de guerre sainte à nos frontières.

J’aurais souhaité commencer l’année avec une chronique enjouée, pleins de vœux et de souhaits platoniques. Tout le monde n’a pas le don de la dissimulation. Seuls les officiels sont capables de discours et d’angélisme même en pleine tempête. Aucun d’eux ne s’est hasardé à expliquer pourquoi plusieurs projets d’investissements publics ont été gelés ; des arriérés de primes demeurent impayés ; des fournisseurs ont suspendus des livraisons à l’administration publique, des chantiers sont abandonnés… Préférence accordée au langage convenu plutôt qu’à celui de la vérité et de la responsabilité. Mais la finance internationale n’a que faire de vœux, de souhaits, de prières et de fuites en avant.

Même les puissants peuvent être dégradés (la France et son désormais ex-AAA)…

Par Arimi Choubadé
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