Des identités politiques fortes ???

mercredi 18 janvier 2012 par Arimi Choubadé

Rb et Prd, seuls partis capables de se constituer en groupe parlementaire autonome, toutes tendances confondues. Les deux grands du moment. Des identités fortes, difficiles à contenir dans des projets de fusion à longue durée. L’intermède de « Union fait la nation » n’a pas réussi à briser ce besoin d’affirmation de soi des deux poids lourds qui se jaugent, en se suspectant réciproquement d’hégémonie. Des années que dure ce marquage à la culotte ; avec des âges d’or qui ont conduit la Rb à 27 députés au sommet de sa gloire (1999) ou le Prd à 19 élus presque à égalité avec son grand rival (1995). Des pics à jamais révolus à voir toute la peine qu’ils éprouvent à conserver désormais un groupe de 9 durant toute une législature. Une dégringolade dont l’ampleur se mesure à cet exercice d’équilibre pour des formations capables dans le passé de constituer tout seul, sans alliance aucune, plusieurs groupes parlementaires au sein de l’hémicycle.

Les trajectoires de ces deux « grands » enseignent amplement sur la réalité du système politique béninois. La vacuité de la posture d’être les partis majeurs ! On pourrait se demander ce qu’ils ont pu tirer du fait d’être ou d’avoir été les partis légitimés par le plus grand nombre de citoyens. Au plus fort de leur gloire, ils n’ont réussi qu’à s’offrir le bureau de l’assemblée nationale en 1999 en faisant élire Me Adrien Houngbédji au perchoir et 4 élus de la Rb dans le bureau de l’institution. Mais cela n’a pas empêché la machine Kérékou de leur imposer des « ordonnances », des achats de députés, des humiliations de toute sorte à l’aide de micro-partis sortis tout droit des parcs de véhicules d’occasion. Le point culminant de tout cela reste l’épisode de la « Cour des miracles » à l’issue de la présidentielle de 2001 ponctuée par les pannes mystérieuses de courant dans la salle de compilation des résultats, le nombre de suffrages exprimés qui dépasse celui d’inscrits sur la liste électorale, le redressement de résultat, les désistements de candidats entre les deux tours et enfin le match amical entre le chef de l’Etat de l’époque et son ministre d’Etat. Même coalisés, les deux plus grands partis n’ont pu rien faire pour inverser cette logique abracadabrante. Tout comme s’est faite la succession de Kérékou sous leurs nez en 2006. A l’instar du rempilage de Yayi en 2011. La seule démocratie au monde où les deux plus grands partis politiques n’ont pratiquement rien à dire dans les choix et les orientations de la nation. Le fameux génie béninois. Imaginez une présidentielle aux Etats-Unis où Républicains et Démocrates se font doubler sur le fil par un Ovni venu de nulle part !

Le Bénin avec son système de démocratie sans parti. Plusieurs analystes prédisent des perspectives encore plus pessimistes pour ces deux grands. En effet, le Prd entame une mue quasi révolutionnaire avec le retrait annoncé de son leader de toujours, Houngbédji, à l’horizon du congrès prévu pour le 11 février 2012. Le parti des tchoco-tchoco devrait se voir priver de l’aura personnelle de son leader charismatique. Vient en filigrane un autre questionnement sur le financement puisque le Prd n’a pas bénéficié que de l’aura de son président. Ce dernier y a consenti également un patrimoine propre considérable. Exactement comme l’ont fait les Soglo pour garder à la Rb son rang sur l’échiquier national. Au Bénin, le parti politique en est encore accroché au destin personnel de son promoteur. A ce dernier d’apporter l’idéologie, l’argent, l’inspiration, le carnet d’adresse, le discours... Une race pratiquement en voie de disparition avec les retraites imminentes des Fagbohoun, Houngbédji, Amoussou, Rosine Soglo. La conception d’un autre Bénin où les partis politiques pourraient avoir des droits autres que celui de participer aux élections ne semble même pas à l’ordre du jour des réformes proposées par la refondation.

A quoi ça sert d’être un grand parti alors ???

Par Arimi Choubadé
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