Sont-ils vraiment tous corrompus ???

lundi 23 janvier 2012 par Arimi Choubadé

Peut-être pas 100%, peut-être pas tous mais l’écrasante majorité quand même Le match magistrats-Garde des sceaux ne connait visiblement pas de répit. Le ministre Elise Gbèdo en a remis une couche face à la presse le 22 janvier 2012. Juste à la veille d’une grande assise des magistrats sur le sujet. Pas de démenti, pas de contrition, pas de remise en cause mais des statistiques compromettantes. Une chose est claire aux yeux de Gbèdo : la magistrature béninoise est un nid de corrompus. Conviction de ministre appuyée par quelques chiffres éloquents : 66% de Béninois ne font pas confiance à leur justice. Autre rappel, la perception de la banque mondiale et d’autres organismes internationaux sur les décisions de justice au Bénin : 85% de décisions sont discriminatoires à l’égard des pauvres, 82% injustes, 82% manipulées. Pour les friands d’exemples la ministre a sorti un petit répertoire : ICC Services et consorts, Groupe Betsaleel, Shelter, Fonds OPEP, Puzey et les affaires domaniales. Juste un tout petit répertoire pour éviter les déballages tous azimuts. Ça c’est pour la mise au point.

A tous ceux qui mettent en doute la capacité de la ministre à sévir contre les ripoux des prétoires, rendez-vous devant le conseil supérieur de la magistrature très bientôt. Il y est promis la rigueur de la loi aux juges indélicats passés maîtres dans l’art de truquer les décisions de justice, de servir des intérêts autres que ceux de la justice, de se faire acheter par les puissances d’argent ou de protéger les faux placeurs d’argent et autres escrocs. La charge contre les magistrats du 8 décembre 2011 ne se baserait donc pas uniquement sur la lecture de rapports d’experts, d’organismes ou de cabinets de lutte contre la corruption. Elle s’articule bien autour de dossiers avérés portant sur des déviances généralisées au sein d’une corporation sensée protéger la veuve et les orphelins mais qui se mue en un instrument au service des puissants et des méchants. La sortie médiatique du 22 décembre 2012 enrichit d’ailleurs le dossier de nouvelles infractions en ce sens que les agissements de magistrat auraient coûté « des milliards » au contribuable et le « retard dans la réalisation d’infrastructures capitales pour notre peuple comme, par exemple, l’épi de Siafato ».

On voit bien qu’au regard des statistiques de la Garde des sceaux, il existe peut-être quelques hommes en noir qui appréhende leur profession « en toute conscience, avec dignité, abnégation, honnêteté et probité ». De la dextérité dans le maniement du bâton et de la carotte ! Le décor est ainsi planté et désormais il n’est certainement plus question des 100% comme l’ont laissé croire les propos du 8 décembre 2011, bien que la marge soit très faible voire insignifiante (entre près de86% et 100%). On comprend alors les intonations des coups de boutoirs de la ministre Gbèdo en supposant qu’elle a puisé une bonne partie de ses collaborateurs parmi ce résidu de « magistrats propres ». En effet, lorsqu’on enlève l’échantillon de magistrats appelés par le cabinet ministériel afin de vaincre la pourriture, on peut supposer qu’il ne reste plus tellement de probes, d’intègre et de consciencieux derrière le prétoire. En déduisant de la corporation les vaillants anti-corrompus qui l’entourent, la ministre ne voit pas beaucoup de gars propres en face. D’où la tendance à la généralisation.

Ainsi, à fleurets mouchetés, les deux camps s’administrent des coups, en usant de formules et de méthodes sibyllines. De moins en moins apparaissent des signes de détente de part et d’autre. Un match dont les seuls arbitres demeurent les médias qui s’en donnent à cœur joie par ces temps de diète sur la scène politique. Un ministre accroché à ses statistiques et des aristocrates (magistrats) engagés dans un corporatisme digne des luttes ouvrières : de l’électricité dans l’air, dirait l’autre.

On compte les coups !!!

Par Arimi Choubadé
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