Du quartier latin… au quartier crétin ???

jeudi 26 janvier 2012 par Arimi Choubadé

Niveau de langue au rabais, tribuns de plus en plus mal inspirés, rareté des grands discours, ennui garanti sur les médias. C’est bien au cœur de ce qui reste du quartier latin de l’Afrique qu’on assiste à ce crétinisme décapant du débat public. La rhétorique usitée y est manifestement insipide, indigeste, sans relief, sans panache ; ponctuée de bassesses, de vénalité, d’inculture et de malhonnêteté. Tout est chienlit, polémique, invectives, intox ou manipulation. Désert intellectuel dont les affres se font sentir tous les jours. Qui pourrait imaginer une telle impasse de la gouvernance au lendemain d’élections présidentielle et législatives au cours desquelles on suppose que tous les grands défis de la nation devraient avoir été revus et que les citoyens auraient exprimé leur choix dans l’espoir de vivre mieux qu’auparavant ? Il n’y a qu’au quartier latin qu’on ne puisse pas engager des réformes structurelles et économiques malgré un passage réussi dès le premier tour de la présidentielle pour le chef de l’Etat et une majorité écrasante aux législatives pour la mouvance au pouvoir. Peuple de génie, de talent, de compétence, d’amour et de croyants nous dit-on à longueur de discours. Pour une si grande absence de génie dans la gouvernance au quotidien.

Il est couramment admis que les Dahoméens tenaient vraiment leur rang et n’auraient pas volé l’appellation « quartier latin » dévolu à leur terroir. Leurs descendants, par contre, peinent à maintenir le flambeau. Un constat qui va au-delà du raccourci sur une prétendue baisse de niveau due aux programmes d’enseignement. Autres coupables désignés : l’« école nouvelle », les « nouveaux programmes », internet, télévision ou cinéma. Comme si par une opération du saint esprit, tous les intelligents du pays ont été déportés vers des cieux inconnus pour ne laisser que les ignares de la pire espèce. Et que les nouveaux apprenants sont responsables de la qualité de l’enseignement qui leur est prodigué. Kérékou est bien un produit de l’ancienne école, celle des Dahoméens brillants, et pourtant, lui et ses compagnons ont instauré une « école nouvelle » identifiée comme l’instrument de crétinisation accélérée de l’élite intellectuelle. Lui-même parlait très souvent d’« intellectuels tarés ».

C’est donc plus facile pour la génération des indépendances de se dédouaner grâce à la pirouette de « baisse de niveau » dans l’enseignement. Qu’est-ce qui explique alors que des gens réputés pour être jadis des cadres d’exception en viennent de nos jours à se montrer aussi médiocres dans le management des institutions et de l’administration ? Le processus de crétinisation généralisé ne semble épargner personne. Des médiocres se retrouvent à tous les principaux leviers de la République. Il y a certainement une explication moins crétine à la vue de tous ces brillants experts formés à l’extérieur et qui perdent de leur superbe après quelques années d’immersion au pays. Eux aussi succombent visiblement à la dynamique de nivellement (par le bas). Tout est devenu spéculation et affairisme depuis que de respectables animateurs de la vie publique ont eu recours à des soldats pour régler des comptes politiques. Le recrutement s’est poursuivi, en plein renouveau démocratique, sur les parcs de véhicules d’occasion ; ensuite dans des réseaux de faux placeurs d’argent, d’escrocs de tout acabit ou de trésoriers de réseaux terroristes. Alors qu’il fallait mettre en place de partis dignes de véritables laboratoires d’idées. Le tracé d’une route n’obéit plus à des avis d’experts mais à la seule volonté du ministre de faire plaisir à ses parents ou à une maitresse. La science et l’intelligence au service de la bêtise et la fantaisie. Aucun intérêt pour les usurpateurs d’accorder une quelconque place à la réflexion. Une panne de l’inquisition à l’origine du déclin des intelligents. Le reste se passe de commentaire.

A nous de choisir, entre l’intellect et l’affairisme…

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • La question à se poser me semble t-il est : comment fait-on dans une société où tout marche à l’envers, pour continuer durablement à marcher à l’endroit ?

    A vous lire, "le latin" n’a pas encore totalement déserté le "quatier" ! On peut ne pas partager vos points de vue, la qualité et la pertinance sont toujours au rendez-vous de vos proses, signe que tout n’est pas "crétin" au "quartier latin"...

    Alors vous suggererais-je, tel un bastion d’insoumis, vestige d’un passé glorieux, d’organiser et de continuer à nourrir (car vous et quelqu’uns le font déjà) la resistance à la médiocrité. Sait-on jamais cela pourrait susciter des vocations...Courage donc !

    Plus sérieusement, les médias ont un rôle majeur à jouer. Organisez des débats réguliers sur des thématiques de développement, recourrez souvent aux contributions des personnes ressources dans les domaines explorés, à la diaspora...beaucoup de ressources et d’expertises insoupsonnées sommeillent dans la discrétion des citoyens lambda. Multipliez les intervenants, les pépites sont difficiles à dénicher. Allumez systématiquement des contre-feux dès qu’une imposture (ou une pensée unique) est décellée en donnant la parole à des avis contraires...toujours dans la courtoisie ou à tout le moins dans le respect et la cordialité...

    ça y est je me surprend à jouer au donneur de leçons...sans doute le faites-vous déjà, vous avez raison ! bonne continuation.