L’économie est-elle fiscale ou portuaire ???

vendredi 27 janvier 2012 par Arimi Choubadé

Tous au port ! Directeurs généraux de la gendarmerie, de la douane, de la police nationale, de la Sobemap, chef d’état-major général des armés, ministres d’Etat, un fort contingent de conseillers à la présidence de la République. Toute la broche du commandement avec à sa tête le chef de l’Etat en personne. En plus de la mobilisation des reporters et cameramen. Ne parlons pas des imposants détachements de militaires, gendarmes, douaniers et sapeurs-pompiers, en ce jour du 25 janvier 2012. La République en danger pour quelques centaines de camions bloqués dans l’enceinte portuaire. Une représentation qu’on aurait pu considérer comme burlesque si la République n’était réellement pas en danger et si les régies financières n’étaient pas aussi mal en point. Les informations les plus alarmistes évoquent des contre-performances historiques. En attendant que de sources officielles ne fournissent des statistiques fiables, on se rend à l’évidence que le cordon douanier connait une véritable turbulence quelques mois seulement après la mise en œuvre des réformes. On se souvient du retentissant « je vais faire votre bonheur contre vous » du chef de l’Etat à l’endroit des acteurs portuaires.

Le présent ne consiste pas à déterminer l’imputabilité des baisses record de recette. On a d’ailleurs vu toute la difficulté pour l’auditoire de la rencontre du palais du peuple du 24 janvier 2012. Une belle séance de ping-pong où chaque camp rejette sur l’autre tous les péchés d’Israël. Un seul accord : les régies financières sont en agonie et l’Etat éprouve de sérieuses difficultés à honorer ses engagements vis-à-vis de ses partenaires nationaux et internationaux. Le port est congestionné par la présence de près de 350 camions ; les procédures prévues dans le cadre des réformes connaissent un démarrage poussif ; les gestionnaires des parcs de véhicules d’occasion enragent de ne pas pouvoir disposer des recettes de leurs activités ; l’opérateur chargé de l’exécution des réformes se plaint de la mauvaise foi des autres acteurs. Tous coupables mais personne responsable. La conséquence, c’est cette image du chef de l’Etat dans le rôle de chef trafic à l’intérieur du port. Il s’en est fallu de peu qu’il ne prenne le volant d’un des camions en stationnement afin de faire accélérer leur déguerpissement. Ne demandez pas à un chroniqueur de médias d’aller démêler cet écheveau rangé dans la rubrique des intrigues de la République.

Pas contre, on peut s’interroger sur l’omniprésence du seul port de Cotonou dans l’économie nationale. Les experts économistes devraient revoir le postulat en vogue depuis des décennies et faisant croire que l’économie béninoise est essentiellement fiscale. Avec les événements de ce début d’année 2012, il convient d’apporter une rectification ; l’économie béninoise semble devenir essentiellement portuaire. Visiblement, il n’y a de gisement fiscal que le port de Cotonou. Tous les autres étant presque insignifiants lorsqu’il s’agit de recueillir les recettes publiques. Après 50 ans, le génie béninois n’a rien trouvé de mieux que le recyclage des voutures de poubelle comme stratégie d’élargissement de l’assiette fiscale. L’illusion de la culture de rente, le coton n’a duré qu’un petit mandat de 5 ans, celui de Nicéphore Soglo. Le tourisme, les banques, les assurances, la culture, les télécommunications n’ont jamais pu compter. C’est plus simple de devenir milliardaire du jour au lendemain en spéculant sur de la ferraille. Le butin est aussitôt réinvesti dans les meetings, les marches de soutien et les campagnes électorales. En fin de compte, tout le pays semble désormais respiré par un port impossible à réformer voire à moderniser.

Mais voilà que l’économie est en passe de devenir essentiellement portuaire !!!

Par Arimi Choubadé
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