Il était une fois une génération !!!

lundi 30 janvier 2012 par Arimi Choubadé

Bye-bye, pères-fondateurs ou mères-fondatrices de partis politiques post-renouveau démocratique ! Tous sur le départ : Rosine Soglo, Bruno Amoussou, Adrien Houngbédji. Les derniers d’une génération. Un registre sous lequel on peut classer Mathieu Kérékou, en retrait de la scène publique depuis son départ de la Marina en 2006. Des éclipses presque rangées dans la rubrique des faits divers. Et pourtant, sans s’en rendre compte, le Bénin est en train de tourner une partie de son histoire politique récente. Des parcours qui se racontent à l’aune des 27 députés de la Rb de Soglo (1999), des 19 élus pour le Prd de Houngbédji (1995), ou des 7 députés pour le Psd de Amoussou (1995). Une hégémonie à l’origine de l’ire de plusieurs Béninois remontés contre le règne d’une génération que l’on croyait éternel. D’où la rhétorique désormais classique sur le rajeunissement, le renouvellement ou la recomposition de la caste politique. Il fallait qu’ils partent, et ils s’en vont vraiment. Pour de vrai.

Départs dont il convient néanmoins de prendre toute la mesure. Puisqu’il s’agit évidemment d’une génération qui passe la main, de gré ou par la force des conjonctures. D’où la pertinence du débat sur ce qui est proposé aux Béninois en guise de relève à ces personnalités d’un genre particulier. Toutes, des têtes bien faites, des cadres brillants formés à l’ancienne école de l’activisme militant, témoins d’événements aussi importants comme l’après deuxième guerre mondiale, la décolonisation, les coups d’Etat, le conseil présidentiel à trois têtes, la révolution, la clandestinité, l’exile, la conférence nationale…la refondation. Mais l’un des traits les plus marquants de leurs pédigrées reste leur capacité individuelle de mobilisation de ressources. Tous des dépositaires de « fortunes » suffisantes pouvant leur permettre de mener le combat politique à leur guise. Tout en veillant à élever les lieutenants les plus dévoués à des postures sociales enviables. Même si à la fin de leur carrière, ils apparaissent plus comme des patriarches identifiables à des aires ethnico-géographiques limitées que des leaders à envergure nationale. Surtout que, même coalisés, ils n’ont pu éviter de subir le KO des élections présidentielle et législatives de 2011.

D’où l’intérêt de l’analyse à propos de la relève supposée. Ce qui se profile à l’horizon n’a rien de bien réjouissant. Le défi que posent ces départs consiste, dans un premier temps, à réunir en un même individu le parcours intellectuel comparable à ceux des Amoussou, Houngbédji, Soglo, Kérékou (dans une moindre mesure) mais également la surface financière et matérielle nécessaires pour tenir la route sur une durée aussi longue (plus de deux décennies). Or en scrutant la sphère politique actuelle on remarque certes quelques remarquables diplômés avec des états de service assez prestigieux pour certains. Le gros problème pour eux c’est où puiser l’argent nécessaire pour soutenir les efforts de meetings, de campagnes électorales, de propagande sans avoir recours aux marchés publics gré à gré, aux surfacturations, aux détournements de deniers publics ou pire aux escrocs, aux trafiquants, aux faux placeurs. Autrement dit comment avoir des gens d’un niveau intellectuel élevé et nantis de moyens financiers conséquents sans être compromis dans l’affairisme ambiant.

Nos illustres néo-retraités emportent quelque part une part de responsabilité dans cette impasse générale sur l’avenir de leurs partis d’origine respectifs à présent livrés à la précarité et la vulgarité. Comment ont-ils pu régenter le débat public, durant tout ce temps, sans songer à la sécurisation des partis politiques à travers une législation appropriée. Des partis aujourd’hui à la merci de l’argent sale, des trafics, des compromissions et des combines.

Le Bénin plus du narco-Etat que de la République moderne refondée ???

Par Arimi Choubadé
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