Une astuce de Wade ???

mercredi 1er février 2012 par Arimi Choubadé

Avis aux accrocs de pouvoir. Tous à Dakar en immersion dans le nouveau manuel du rempilage au forceps en cours d’édition chez le patriarche. Le chef d’œuvre en perspective signé Abdoulaye Wade pourrait s’intituler : l’art de confisquer le pouvoir tout en affichant les signes distinctifs d’une démocratie institutionnelle. A première vue, pépé Wade est un respectable homme d’Etat, tellement aimé de son peuple qu’il a décidé de répondre à son appel en s’offrant un troisième mandat à l’issue de la présidentielle à venir dans son cher Sénégal. Le champion du « Sopi » ne saurait être taxé d’avoir usurpé son accession à la magistrature suprême de son pays pour avoir bel et bien gagné la présidentielle pour la première fois en l’an 2000 face au sortant de l’époque, Abdou Diouf usé et déconnecté des réalités. Ce fut un parcours épique d’un opposant irréductible au long règne du parti socialiste (Senghor-Diouf), ministre d’Etat sans portefeuille à deux reprises, embastillé, exilé et parfois bastonné par la police. Héroïque, ce parcours, porteur d’espoir aux yeux de tous les opposants en quête désespérée d’alternance politique dans leurs pays respectifs partout sur le continent. Modèle démocratique africain, unique havre où pouvaient exister partis d’opposition, médias critiques vis-à-vis du gouvernement, élections régulières, institutions de contre-pouvoir et une « petite » alternance, de Senghor à Diouf. Autre identité remarquable, le Sénégal n’a jamais connu de coup d’Etat. Il suffisait par contre d’inverser ces réalités pour avoir une idée de ce qui se passait dans les pays limitrophes et la sous région.

Comment se justifie alors l’embrasement des rues à Dakar, Rufisque, Kaolack ? Pneus enflammés, gaz lacrymogènes, matraques, mort de manifestants et de policiers ; la violence de rue sous toutes ses formes. Au bout d’un cinquantenaire de pluralisme. Pas forcément que les jeunes « y’en a marre » d’un régime gérontocratique obnubilé par la transmission dynastique du pouvoir. Puisqu’ils n’ont pas rechigné une seule seconde à faire de lui le plus vieux chef d’Etat de l’Afrique en 2000. La faute plutôt à une querelle juridique abracadabrantesque. D’un côté une batterie de juristes « gouvernementaux » attachés à une bien curieuse arithmétique politico-juridique qui veut qu’un mandat présidentiel plus deux autres font deux mandats présidentiels (1+2= 2). Assertion étayée par des experts dits internationaux commis à une grande messe à Dakar à moins de 6 mois d’un scrutin prévu pour février 2012. En face de cette version, une autre en contradiction totale avec la première qui soutient qu’un mandat présidentiel plus deux autres font 3 mandats présidentiels (1+2 = 3).

N’imaginez surtout pas un seul instant que ce genre de subtilité est une exclusivité sénégalaise. Le principe, d’une déconcertante simplicité, consiste à remettre à zéro le compteur des mandats à chaque révision constitutionnelle. Ainsi Wade soutien n’avoir fait qu’un seul mandat bien qu’étant aux manettes depuis l’an 2000 et s’être fait réélire en 2005. Selon ses partisans et lui, à nouvelle constitution, nouveau décompte de mandat. C’est grâce à cette technique que Blaise Compaoré est encore aux commandes au Burkina-Faso. Manœuvre bien connue également au Togo, au Cameroun, au Tchad, au Congo et dans plusieurs autres sociétaires de la Françafrique y compris le Bénin. Le nombre de mandat s’annule automatiquement dès qu’on fait voter une nouvelle constitution. La constitution béninoise de 1990 prévoit en son article 42 que « …en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels … ». Cela n’a pas empêché Mathieu Kérékou d’ajouter deux autres mandats à son précédent sous la révolution marxiste léniniste. Le changement de République est passé par là. A ce jeu-là, Wade est en droit de se présenter en 2019 pour un autre « premier mandat » si entre temps sa majorité écrasante au parlement le gratifie d’une énième révision constitutionnelle. Son 100ème anniversaire à la présidence, il y pense déjà.

En bon père de la nation sénégalaise…

Par Arimi Choubadé
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