Les mille et un pères du port…

lundi 6 février 2012 par Arimi Choubadé

Et si on lui collait la paix, le port ? Pour reprendre une préoccupation de l’ami, frère, confrère, Henri Ndah-Sékou sur sa page facebook. Allusion au nouveau rush vers ce qui est sensé être le poumon de l’économie béninoise : politiciens, hommes d’affaires, rentiers, spéculateurs, courtisans. Un poumon particulièrement encombré ces derniers jours. Depuis que le docteur-refondateur y est allé en opération commando de désengorgement de l’enceinte, les ballets se succèdent – accompagnés de caméras, de micros, de flashes de photographes. Le pèlerinage ne s’essouffle plus, et chaque pèlerin veut démontrer son dévouement au grand boss. Comme si le succès des réformes n’avait besoin que de mots d’encouragement, d’excitations médiatiques et de déclamations politiciennes pour s’accomplir.

Très louable que des acteurs du secteur portuaire relayés par d’autres citoyens se mobilisent autour d’initiatives gouvernementales destinées à améliorer les performances économiques du pays. Tant mieux si le Programme de vérification des importations (Pvi) peut permettre de dégeler les programmes d’investissements publics, de faire cesser les calvaires des usagers des principaux axes routiers, de construire plus d’école et d’être en mesures de faire face aux engagements salariaux. Sauf que le régime Yayi a déjà fait, à plusieurs reprises, les expériences de l’activisme au relent propagandiste au moment en lieu et place de l’engagement citoyen responsable nécessaire dans ces genres de situation. On se demande d’ailleurs par quel genre de déformation sémantique les gars perçoivent à la place de l’appel à l’adhésion, un besoin de campagnes médiatiques systématiques. A l’instar de la marche verte contre la corruption devenue en quelques jours une floraison de processions festives tous azimuts à travers les rues du pays. Tous ont marché sans pouvoir proposer au vœu présidentiel des instruments adaptés à la lutte contre les prédateurs de l’économie nationale.

Coton, mécanisation agricole, sécurisation du foncier bâti, grèves intempestives des fonctionnaires… autant de débats qui auraient pu ouvrir la lumière et l’intelligence sur la gouvernance publique sur le pays n’eut été l’activisme opportuniste des agitateurs de service. Au point où même les gens relativement plus sensées, présumés plus réfléchis se sentent contraints de s’offrir en spectacle au risque de passer pour des ennemis du chef. Un mélimélo où le tempo est généralement porté par les médiocres. Au lendemain de la descente du chef de l’Eta au port, on pensait qu’enfin les vrais acteurs allaient prendre possession des lieux. Au contraire, les autorités portuaires n’arrêtent plus de dresser le tapis rouge à tous ces laudateurs-fanatiques-inconditionnels désireux de « soutenir » l’action du chef de l’Etat. A peine si ces derniers se rendent compte que l’encombrement des agitateurs est tout autant nuisible que celui des camions. Malheur à qui oserait leur interdire l’accès au risque de passer pour un anti-refondation. Bien que dans leurs rangs se terrent la plupart des auteurs des goulots d’étranglement préjudiciables aux dites réformes. Le ver dans le fruit.

Le pèlerinage sur les quais de Cotonou traduit une autre réalité de ce Bénin malade, oisif et en panne de perspective, incapacité de se frayer d’autres centres d’intérêts économique autre que ce seul port-là. Société civile, politiciens, désœuvrés, étudiants même fonctionnaires, il n’y a d’yeux que pour ce bout de plateforme en bordure d’océan. Impossible d’intéresser le génie béninois à autre chose qu’à la spéculation autour du port. Toujours le port : pour payer les salaires, les bourses des étudiants, construire les routes et les ponts, organiser les meetings, entretenir la propagande. Le poumon de l’économie nationale parait-il. Peut-être un nouveau cas d’école pour la physiologie du développement.

Le Bénin, cet organisme qui ne dépend que de son poumon…

Par Arimi Choubadé
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