Les loups devenus des agneaux…

mercredi 8 février 2012 par Arimi Choubadé

Ce ne sont plus des affreux diables en toge noir suscitant honte et dégout à leur ministre de tutelle. Ces corrompus qui écument les prétoires, au service des détenteurs d’espèces sonnantes et trébuchantes au détriment de la veuve et de l’orphelin en quête d’équité et de justice. Entre le 8 décembre 2011 et le 04 février 2012, de l’eau a coulé sous le pont. Ultimatum, grèves, sorties médiatiques musclées, demande de démission du ministre ou d’excuses publiques, exigence d’un désaveu tout aussi public du gouvernement etc… trois jours par semaine, aucun juge ne se présente au prétoire. Même la tentative d’assouplissement du 22 janvier 2012 de la ministre n’y a rien changé. Impossible de décolérer les grévistes écœurés par le « tous corrompus » lâché dans le feu d’un discours tenu à l’occasion de la journée internationale de lutte contre la corruption en décembre 2011. Le témoin de cette pourriture avancée de la magistrature n’est rien d’autre que la Garde des sceaux elle-même.

On peut néanmoins tout reprocher à Marie Elise Gbèdo sauf de manquer de suite dans les idées. Après avoir soupesé les différentes options disponibles, elle a finalement choisi l’échappatoire des excuses publiques plutôt que de déposer le tablier. Obtenir un maroquin par les temps qui courent n’est pas chose aisée. Et puis « démission » n’est pas encore béninois. Excuses sélectives uniquement destinées à la frange (très négligeable) de magistrat « propres », mais excuses quand même. Le tout, enrobé dans un plaidoyer exquis, de sorte qu’on ne la surprenne pas en train de s’humilier ou en génuflexion devant ses vis-à-vis. Après tout c’est de leur ministre qu’il s’agit. La première candidate à une présidentielle au sud du Sahara, qui a serré la main au Pape Benoit XVI et à la secrétaire d’Etat américaine, Hilary Clinton ; sans oublier qu’elle est considérée comme l’égérie de la croisade pour le vote de la loi anti-corruption. Elle seule est habilitée à se permettre une accusation de corruption à l’encontre des plus hauts cadres de l’administration judiciaire au mépris de la présomption d’innocence.

Selon toute vraisemblance, tout est fait pour que ministre et magistrats retrouvent le calumet de la paix entre personnes bien éduquées. Rideau sur une crise qui n’aurait couté aux grévistes que quelques jours de repos et d’oisiveté et au ministre quelques piques indésirables par médias interposés. Et comme d’habitude, en pareille circonstance, motus et bouche cousue sur le bilan des grèves perlées des magistrats. La météo sociale annonce l’imminence d’une accalmie sur les tribunaux sans se préoccuper des pauvres justiciables maintenus indéfiniment en détention faute de décision du juge, des usagers des cours et tribunaux boqués dans l’accomplissement de certaines formalités administrations sensibles ainsi que d’éventuels manques à gagner pour le trésor public et certains opérateurs économiques.

A défaut du bilan, on pourrait s’interroger sur de probables séquelles de cette guéguerre. Retour aux prétoires des prétendus corrompus à nouveau chargés de dossiers des justiciables comme au bon vieux temps, comme si de rien n’était. Cette fois-ci gare à celui qui oserait parler de corruption. Qu’on ne nous dise surtout pas que tous ont raison (aussi bien la ministre que les magistrats). Soit c’est Gbèdo qui a vu juste, soit c’est Madodé et compagnie qui sont dans leur droit, mais pas les deux camps à la fois. Parce que la même question demeure, lancinante, insidieuse et persistante. Aux dernières nouvelles, il paraitrait que d’autres méchants loups (les douaniers) seraient redevenus eux aussi de doux agneaux rabatteurs incontournables de ressources pour les caisses creuses du trésor public. Que retenir finalement ?

Sont-ils tous corrompus ou pas ???

Par Arimi Choubadé
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