Le sacrifice suprême…

vendredi 10 février 2012 par Arimi Choubadé

Impossible de faire le deuil de Tlf juste avec une, deux, trois… ou quelques chroniques de compassion. Peut-être n’aura-t-il jamais droit à des obsèques nationales officielles ; ces séances publiques de larmes, de discours, de témoignages ou de louanges pathétiques retransmises en direct à la télévision et à la radio. Ne rêvons même pas de messages de condoléances adressées au peuple béninois par des chancelleries étrangères pour cette grande plume. Et pourtant, ce fut une grosse perte pour le Bénin. Béninois lambda, il l’était : sans mandat, sans distinctions, sans budget, sans garde du corps, sans voiture de fonction, sans apparat. Mais ceux qui l’ont pratiqué savent combien il porte la nation dans son cœur. Son fragile cœur qui lui a fait tant de misère, de souffrance, de colère, de désespoir dès qu’on se met à parler de son Bénin et de sa gouvernance. Ce « sans-galon » se sent plus dans la peau du Bénin que n’importe quel autre des 9 millions de ses compatriotes y compris les dépositaires de tous les pouvoirs et de tous les privilèges de la République. Tingbo Louis Foly !

Imaginez que sa précédente alerte cardiaque est survenue à la suite d’une discussion avec un jeune de son quartier totalement obnubilé par la démagogie ambiante à l’approche de la présidentielle 2011. Le chroniqueur en a été tellement ulcéré qu’on l’a découvert presque inanimé le lendemain dans sa chambre. N’eut été la vigilance de son employé de maison, on lui aurait fait nos adieux un an plus tôt. A l’époque, il a pu bénéficier d’une évacuation sur la France. Ce même cœur l’a lâché encore une fois en février 2012. Hélas, il n’y eut aucune main secourable, à temps, afin de lui éviter de passer de vie à trépas. Mort pour la patrie ! Il aurait dû continuer ses soins en Europe où vit sa famille, loin de la grisaille, du spleen et de l’absence de perspective pour les jeunes. Grèves à répétition, agitations au port de Cotonou, marches de soutien, contreperformances des régies financières : autant de sujets susceptibles de provoquer des tourments à ce veilleur autoproclamé de la République. Il va mal quand son pays va mal. Le désespoir et l’impuissance de sa plume et de son verbe face au déclin de la morale et de la vertu dans le débat public.

Depuis son exile temporaire pour raisons médicales, il piaffait d’en découdre avec tout ce qu’il réprouve dans la manière de gérer le pays. Son Canard du Golfe définitivement endormi et son éloignement des studios de radio planète ne sauraient constituer pour lui des obstacles insurmontables à l’ère d’internet. D’où la naissance de son blog où pouvaient s’abreuver à satiété les inconditionnels de l’exceptionnelle crue Tlfcequejecrois. Mais, lui n’est pas Olympe Bhêly-Quenum ; il lui fallait toujours côtoyer de plus près le train-train quotidien des siens ; se coltiner avec les désœuvrés recrutés lors des virées propagandistes ; constater les flambées des prix sur les étales ; tenter de raisonner les tribuns mal inspirés qui écument les médias à longueur de journée ; ou arpenter les rues de Cotonou à la merci des invectives de zémidjan. C’est cela son monde à lui qu’il ne voudrait tronquer contre aucune autre destination.

Déjà qu’il brulait de reprendre ses chroniques sur radio Planète là où il les avait laissées. Une manière peut-être d’exsuder toutes les errances de gouvernance qui lui pourrissent l’âme. « Souffrir à la place des autres » était une marque déposée de Tlf à en croire Janvier Yahouédéhou, fondateur de radio Planète. Ce dernier était conscient du risque d’un AVC (accident vasculaire cérébral) caché derrière chaque chronique. Il fallait donc retarder au maximum le retour sur la scène médiatique de ce poulain d’un genre particulier. Un retour attendu, espéré, suscité qui ne viendra jamais. Peut-être dans une autre vie…

Mort par amour pour sa patrie !!!

Par Arimi Choubadé
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