Cette autre Afrique de la victoire…

jeudi 16 février 2012 par Arimi Choubadé

Petit pays (comme le Bénin) mais déjà au sommet du football africain. La minuscule Zambie (752 614 km2) qui s’offre les scalps de tous les grands, un à un, Sénégal, Ghana, et surtout l’orgue Côte d’Ivoire à qui était logiquement promise l’ultime gain de l’édition 2012 de la Coupe d’Afrique des nations. La coupe aux Eléphants !!! scandaient tous les pronostiqueurs et autres experts en football avant même le premier coup de sifflet : absences de plusieurs challengers redoutables (Egypte, Cameroun, Nigéria, Algérie), forte implication des nouveaux maitres à Abidjan (la victoire à la Can était devenue un enjeu de la pacification de la Côte d’Ivoire), pléiade de stars planétaires y compris le meilleur joueur africain du moment, supporteurs en fête avant le coup de d’envoi…Le trophée ne pouvait ne pas échouer sur les bords du lac Ebrié où il est sensé devenir un instrument de réconciliation et de pacification après une guerre postélectorale particulièrement meurtrière. Avantage finalement à la tranquillité et la stabilité du Zambèze.

Les bookmakers semblent avoir oublié qu’il s’agit à la Coupe d’Afrique de choisir la meilleure nation de football et la plus grande star. Personne ne conteste d’ailleurs le choix de Yaya Touré, Ivoirien comme meilleur joueur africain de l’année pour ses prouesses à Manchester City. Peut-être que les membres du jury devraient regarder un peu plus les championnats sud-africain, congolais ou zambien. Cela leur éviterait d’être surpris par les talents des Chris Katongo, Kalaba, Kennedy Mweene, Sunzu et tous les autres de la bande à Hervé Renard. La Zambie du football, une démonstration d’une véritable nation de football, la meilleure en 2012. Rien à voir avec une quelconque collection de recrues des championnats les plus huppés à l’extérieur du continent africain. Ces forcenés des stades européens qui débarquent généralement à la Can complètement vidés aussi bien mentalement que physiquement. Leçon à retenir : il faut savoir choisir entre les contrats faramineux à l’étranger et la construction d’une équipe nationale homogène et performante. Cela vaut également pour Algériens, Ghanéens, Sénégalais, Camerounais et autres Tunisiens. L’Egypte a bien gagné les trois précédentes éditions d’affilé rien qu’avec sa crue de légende composée essentiellement de joueurs venus du mythique vivier local de Al Ahly.

Il y a certainement une autre lecture, extra sportive celle-là, de la victoire de la Zambie sur la Côte d’Ivoire. Le vainqueur de la Can 2012 fait partie d’une région du continent véritablement en marche, l’Afrique australe. 4 à 5 chefs d’Etat successifs depuis 1991, tous démocratiquement élus pour la Zambie comme pour certains de ses voisins Tanzanie, Namibie ou Mozambique. Des pays à forte croissance économique. Tous, sous le leadership reconnu de l’Afrique du Sud. L’épopée Gabon-Guinée 2012 a donc permis de mettre en exergue cette partie de l’Afrique où on parle d’alternance pacifique, de multipartisme, de performance économique, de paix. Des valeurs qui méritent bien un couronnement par un exploit sportif exceptionnel à la hauteur de la victoire du 12 février 2012 à Libreville.

On pourrait se demander ce que la bande à Didier Drogba avait à célébrer à Abidjan si elle rentrait avec la coupe. Les 3.000 morts de la guerre civile ? La déportation de l’ancien président Laurent Gbagbo ? L’embastillement d’opposants politiques ? Les rixes quotidiennes entre des éléments armés incontrôlés et des populations démunies ? Ou la tension politique ambiante ? C’est évident qu’il existe une autre Afrique que celle de la fatalité, des guerres, des rebellions post-Kadhafi, des tripatouillages de constitution, des déficits économiques abyssaux, de la dépendance monétaire et de l’assujettissement diplomatique.

La Can 2012 a choisi son Afrique ?

Par Arimi Choubadé
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