Il veut une France forte et un Sahel à feu et à sang…

vendredi 17 février 2012 par Arimi Choubadé

Promettre aux Français une France forte. Comparable à l’Allemagne de Meckel ; Sarkozy souhaite pouvoir continuer à converser, chaque matin, avec le locataire de la Maison, Blanche, Obama ou à son successeur, sur les orientations à donner au reste de la planète. Conserver son rang parmi les grands du monde, le privilège de décider de qui peut être le président de telle ou telle autre république bananière en quête de démocratie et de bonne gouvernance. Prendre sa part dans le règne universel absolu. Et surtout prendre sa revanche sur toutes ces agences de notation qui ont osé arracher à l’économie de sa « France forte » le triple A (AAA). C’est à peu de mots près ce que propose Nicolas Sarkozy aux Français lors de son intervention télévisée du 15 février 2012 sensée être le top de sa croisade pour un second mandat à l’Elysée. Sur fond du pathétique appel au peuple. Le « tout à droite » certainement, sur un ton volontairement musclé, puissant, fort : le pouvoir et l’arrogance. En d’autres époques, on pourrait lui donner du Nicolas-le-conquérant sans siller.

Evidement, ce projet de puissance ne peut s’embarrasser d’anti-modèle comme le Mali, le Sénégal, le Nigéria, le Niger en proie à un regain de violence sans précédent ; encore moins de l’Algérie, de la Tunisie ou de l’Egypte sous pression d’éléments armés incontrôlés. A priori, on pourrait s’interroger sur le lien éventuel entre l’entrée en campagne de Sarkozy et l’embrasement du Sahel et du Maghreb. Peut-être que lui (Sarko-le-conquérant) ne s’en souvient pas. Mais les Maliens eux savent ce que leur a coûté ce besoin de puissance et de force. Le Sahel et le Maghreb doivent à cette idéologie les soudaines attaques de bandes armées en provenance de la Libye. Toumany Touré n’aurait pas enterré des dizaines de ses soldats ligotés dans le dos et abattus comme de vulgaires poulets si quelques mois plus tôt, la France-forte n’avait pas décidé d’anéantir l’armée de Kadhafi en remettant sa succession à une nébuleuse (le Cnt) dépourvu d’idéologie claire, de charisme, de ligne directrice.

Parce que le colonel de Syrte à oser défier Sarko-la-force, l’Otan a fait parler ses bombes. C’est une évidence que, durant la campagne présidentielle de 2012, le bilan du candidat-président ne fera aucune mention des milliers de libyens tués, des déstructurations d’habitation, de l’impressionnante armada tombée entre les mains de fanatiques de tout genre, voire de mafieux puis au finish, la désolation des pays du Sahel face à des rebelles armées. Le sale boulot revient désormais à des machins comme la Cedeao, éventuellement l’Ua et se résume à la macabre comptabilité des tués, des déplacés, des infrastructures détruites. Lorsqu’il fallait casser la Libye de Kadhafi, la France-forte était débordante d’activisme au conseil de sécurité de l’Onu, sa diplomatie était pétaradante, son armée en rut. Dès que le moment est venu d’assumer et de faire le ménage, c’est l’indifférence assourdissante au motif que l’Europe est en crise et la France-forte en campagne pour sa propre réélection.

Au Mali, au Niger, au Nigéria et aux autres sahéliens de faire face à l’arsenal de Kadhafi en errance, à mains nues pratiquement. Un sujet supplémentaire pour la Cedeao déjà impuissante vis-à-vis des ravages du paludisme, de la famine, de la sécheresse, des déficits énergétiques, de la forte mortalité enfantine etc… Dire que ces chefs d’Etats de la sous région ouest africaine avaient été tous contraints d’apporter leur caution à l’œuvre dévastatrice de bombes et des missiles de l’Otan. Les voilà abandonnés face à la tragédie qui se joue dans le sable chaud du désert du Sahara, à leurs portes, emportant leurs citoyens, les maigres ressources budgétaires à travers des efforts de guerre inutiles et gratuits.

Parce que la France veut être forte…

Par Arimi Choubadé
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