Ce modèle sénégalais-là ?

mercredi 29 février 2012 par Arimi Choubadé

Jour de scrutin présidentiel sans mort, ni blessé, ni gaz lacrymogène, ni pneus enflammés encore moins répression policière aveugle ; quelques troubles « mineurs » cependant. Et le Sénégal de revendiquer une maturité démocratique exceptionnelle. En rappel, ce serait le seul pays anciennement colonisé par la France qui n’a jamais connu de coup d’Etat depuis l’indépendance. Où le vote est entré dans la tradition depuis plus d’un siècle, bien avant certaines régions européennes. De quoi rendre assez étranges ces exultations enfantines juste parce ce qu’on signale un calme apparent lors du premier tour de la présidentielle du 26 février 2012. Bilan presque angélique en référence aux 15 morts de la campagne électorale et la meurtrière guéguerre autour de la légitimité de la candidature du président Abdoulaye Wade. Le droit au second tour est presque célébré comme un nirvana démocratique dans un contexte de K.O tous azimuts dès le premier tour, K.O pourtant inauguré par le même Sénégal de Wade en 2005.

Qu’on nous explique les aspects à dupliquer dans cet exemple sénégalais. Les 15 morts de la campagne électorale ? Les menaces d’embrasement du pays en cas de réélection du président sortant proférés par les opposants ? La contestation d’une décision de la cour constitutionnelle dans la rue à l’aide de jet de pierre sur la police ? L’interdiction de manifester en pleine campagne électorale ? La psychose entretenue au sein de la population ? Les reports successifs de la proclamation des résultats plusieurs jours après le jour du vote ? Ou le recule du taux de participation par rapport aux scrutins précédents ? Difficile de percevoir dans la cuvée électorale sénégalaise 2012 ce qui est exportable dans la sous région. La Côte d’Ivoire avait passé le cap de la campagne électorale puis du premier tour avec plus de brio avant de sombrer à l’issue du second tour dans une folie meurtrière postélectorale.

Je cherche en vain en ce Sénégal-là, les indices qui pourraient rassurer tous ceux qui rêvent d’une autre Afrique, celle des libertés, de la transparence, des taux de croissance économique prometteurs et des perspectives alléchantes. Il est à rappeler que les déboires liés à ce scrutin sont intervenus par le seul fait des sénégalais eux-mêmes. La suspicion à l’origine des morts, des blessés, des troubles et des débordements est interne au pays. La chienlit ambiante n’est pas l’œuvre d’envahisseurs barbares. La rhétorique nationaliste de Wade après les critiques américaines et européennes n’enlève rien à la responsabilité des sénégalais eux-mêmes vis-à-vis des victimes des contestations. Ce ne fut qu’un vulgaire combat pour le pouvoir sur fond d’instrumentalisation d’une jeunesse déboussolée. Le sacrifice n’était nullement destiné à lutter contre la pauvreté, la corruption et le sous développement. Le seul enjeu au nom duquel on a tué, pillé, cassé, incendié se résume à ceci : « Wade reste ou pas ? ». Ce modèle-là n’est à souhaiter à aucun autre pays du continent.

Le lieu de s’interroger sur les motivations réelles des agents improvisés de notation de démocratie qui multiplient les satisfécits vis-à-vis de la prétendue maturité du peuple sénégalais. A croire que pour un pays africain francophone, il suffit de décréter un jour de scrutin, d’ouvrir des bureaux de vote et de décompter des bulletins dans quelques urnes pour considérer que la démocratie est sauve, quelles que soient les conditions. En cela le Sénégal serait un modèle. Un modèle pour qui ? Pour la France, les Etats-Unis ? L’Afrique du Sud ? Ou plutôt pour la Syrie, la Corée du Nord, l’Iran et la Thaïlande ? On voit mal les Béninois emboiter le pas de ce fameux modèle en acceptant d’envoyer plus d’une douzaine de citoyen au cimetière juste pour une question de succession au pouvoir.

« Tout ça pour ça »….

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Eh bien vous avez le devoir de revoir votre analyse car vraiment ce modèle sénégalais en est vraiment un. Il vaut mieux que le K.O subi par nopus les béninois et dont les conséquences perdurent. Si les sénégalais ne se sont pas levés comme un seul homme le 23 juin 2011, wade serait réelu au 1er tour. Au bénin, on ne fait que brailler, crier et après arpenter les lieux de culte pour des prières pour la paix.
    VIVE LE SENEGAL ET LES SENEGALAIS