Les enfants de la grève…

lundi 5 mars 2012 par Arimi Choubadé

Sauver l’élève et l’écolier béninois ou périr. Héroïque, le débordement de patriotisme autour de l’école à l’occasion de la grève des enseignants au titre de ce début d’année 2012. Yayi et les enseignants grévistes dans un face à face épique. Tous, défendeurs de l’avenir et du devenir des petits. Le premier est prêt à battre le rappel de toute la soldatesque et du commandement administratif afin d’assurer à l’école un bon fonctionnement. Policiers, gendarmes, militaires, préfets, élus locaux, ministres, tous en branle à l’appel de la patrie. Pendant que les seconds ne jurent que par le dépôt de la craie, des fiches, les marches, les débrayages et la contestation. Toujours dans l’intérêt supérieur de l’école. Guerre totale entre défenseurs autoproclamés du scolaire, indépendamment de l’avis des principaux concernés que sont les élèves et écoliers eux-mêmes. Ou à défaut celui de leurs parents, contributeurs de tout l’effort consenti en vue d’une meilleure éducation à la progéniture.

Rien de bien extraordinaire, ces ébauches d’engagement et de détermination de la part des protagonistes (enseignants-gouvernement). L’histoire des grèves d’enseignant rejetées par le pouvoir est aussi vieille que l’avènement du renouveau démocratique au Bénin. Des moments de défoulement et de démonstration de muscle au cours desquels chaque camp essaie de roder sa stature. Occasion pour le gouvernement de fouetter une solidarité constamment éprouvée et les syndicats de tester leur capacité de mobilisation. A la fin, les ministres et conseillers en tournée d’explication peuvent palper les subsides des frais de mission et les perdiems tandis que les grévistes, de leur côté, pour avoir tenu bon, peuvent légitimement s’attendre à voir les lignes bouger favorablement pour eux. Par contre, élèves et écoliers ne sauraient prétendre à un quelconque gain dans l’opération. En définitive, le mythe de la grève profite presque à tous sauf à tous petits.

Les enfants de la grève et les parents d’élèves. Il en existe une catégorie, celle des rentiers officiant au sein des associations de parents d’élève (Ape). Des prétendus parents d’élève pour qui un mouvement de grève dans l’enseignement est d’abord du buisines monnayable auprès des différents protagonistes. Le reste des parents, la grande masse, ne se plaint de la grève que par rapport au fait de devoir s’occuper des enfants pendant la fermeture des classes. Même lorsque le clergé catholique s’est mis à jouer aux entremetteurs entre gouvernement et grévistes on a bien senti un petit souci de ne pas mettre les écoles confessionnelles aussi dans l’impasse en cas d’année blanche.

Et pourtant, tous les gros bras de la fronde sociale autour de l’école savent bien ce qui pourrait vraiment concourir à l’épanouissement des enfants. Plus de salles de classe, plus de matériels didactiques, plus d’espace de jeux aménagés, moins d’effectif dans les classes, des cantines fournies, moins de gaspillage et de détournement des deniers publics et surtout de l’emploi au bout des diplômes. Ils n’ont certainement rien à cirer de l’augmentation de salaires à leurs enseignants ou de la restauration de l’autorité de l’Etat. À peine s’ils ne se réjouissent pas des annulations de cours, d’interrogations écrites ou d’examens blancs. Après tout, les grèves ressemblent étrangement à des périodes de kermesse, de balade et d’amusement sans frais (pas de punition ni de correction). Une extraordinaire insouciance dans laquelle chacun vient puiser en prétextant œuvrer pour leur bien. Il y a donc pire que la grève des enseignants lorsqu’on parle de l’avenir des enfants. Tout le monde sait que c’est le niveau général du débat public qui est en constamment en baisse. Et cela ne peut être dû aux simples débrayages dans les écoles.

Au nom de l’avenir des enfants !!!

Par Arimi Choubadé
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