Les années blanches… et les années noires…

mercredi 7 mars 2012 par Arimi Choubadé

La peur de l’année blanche, l’épouvante de toutes les crises dans l’enseignement. Faites grève, débrayez, marchez, contestez à volonté ; mais de grâce ne blanchissez pas l’année scolaire et universitaire ! Tout va presque bien à l’école béninoise tant que cette ligne rouge est préservée. Lorsqu’un gouvernement béninois dit vouloir sauver l’école cela revient à dire, tout simplement, qu’il faut éviter une « année blanche » ou plutôt faire tenir les examens de fin d’année. Les privilégiés de la République savent qu’une année blanche dans le secteur public pourrait être synonyme cauchemar dans les écoles privées et confessionnelles que fréquentent habituellement leurs progénitures. On s’en fout des conditions dans lesquelles s’opèrent ces genres de « sauvetage » in extremis. Seule rentre en considération la hantise pour un gouvernement de la comparaison avec le défunt régime révolutionnaire en agonie en 1989, seule expérience d’année blanche au Bénin.

Dans l’entendement des princes, le bonheur suprême du scolaire c’est de passer ses examens de fin d’année, quelles que soient les conditions de déroulement de l’année académique. Lui épargner à tout prix une année blanche, une autre puis une autre et son destin serait bien accompli. A la fin de son cursus il se retrouve bardé de diplômes, fruits d’années scolaires rafistolées et sauvées de justesse. L’essentiel est de faire tourner l’usine à fabriquer les intellectuels « tarés », candidats au chômage, au sous emploi et à la précarité. Tout l’effort de la nation au sauvetage de l’année sans qu’on ne se préoccupe des « années noires » qui attendent le jeune-homme une fois son cursus académique achevé. Tous en éruption pour le sauvetage des examens : prêtres, syndicats, parents d’élèves, ministres, députés, chefs traditionnels, bailleurs de fonds… Une débauche d’énergie totalement absente lorsqu’il s’agit de se pencher sur la question de l’emploi en général et surtout de la première chance à accorder aux diplômés sortis des écoles et universités. On les sauve des années blanches pour les laisser affronter d’interminables années noires, en solitaire.

Malgré la désorganisation criarde du système éducatif, les gens parviennent vaille que vaille à faire valider les années académiques. La preuve que l’exercice ne nécessite aucun effort exceptionnel. Il suffit de manipuler le calendrier scolaire pour passer l’éponge sur des semaines d’agitation, de grèves d’enseignants, de débrayages sauvages et de perturbations des cours. En quelques minutes, un ministre en charge de l’enseignement peut décaler les dates de tenues des examens et « sauver l’année ». Par contre, il faut beaucoup plus d’ingéniosité pour donner une fonctionnalité aux parchemins délivrés dans ces conditions ténébreuses. Paradoxalement, ce dernier aspect de la problématique passionne très peu les acteurs de l’école. Les privilégiés de la République ont toujours compté sur leur capacité à faire évacuer leurs rejetons vers des cieux où l’éducation serait plus valorisante à l’extérieur du pays au besoin. Sauf qu’il songer au retour bercail de l’enfant prodigue et son éventuelle réadaptation au système dont on l’avait malicieusement soustrait auparavant.

Le durcissement des lois sur l’immigration dans les pays d’accueil devrait échauder nos princes face la responsabilité qui est la leur de rendre le pays plus vivable aussi bien pour leurs propres progéniture que pour celles des exclus du système. A y regarder de près les années blanches (très rarissimes) ne sont pas aussi dramatiques qu’on l’imagine. Plusieurs rescapés de la génération « maudite » ont survécu sans grand dommage intellectuel à celle de 1989 puis à l’année « invalide » à l’université (1994-1995). En clair, les « noires » sont moins drôles que les « blanches ».

C’est vraiment dur pour tout le monde : privilégiés et marginalisés !!!

Par Arimi Choubadé
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