L’onde de choc venue de Tripoli…

vendredi 23 mars 2012 par Arimi Choubadé

Viré du palais de Koulouba à Bamako pour incompétence ! Peut-être qu’Amadou Toumany Touré serait encore en poste si le régime Kadhafi avait survécu. Si les bombes de l’Otan n’avaient pas éventré tous les dépôts d’armes de la Libye du Guide sans se préoccuper de l’identité des nouveaux propriétaires des engins de la mort qui s’y trouvaient. Les rebelles du nord Mali n’auraient pas autant gagné en puissance de feu, en arrogance, en intransigeance et en hargne au point de semer la zizanie au sommet de l’Etat. Exit donc le général Att trop pacifiste tandis que ses frères d’arme rêvent d’expéditions guerrières dans le sable du sahel. Officiellement, les putschistes voudraient plus d’armes, plus de chars, plus d’avions de combat, plus de bombes et peut-être plus d’hommes pour en découdre avec tous les groupes armés qui sévissent dans le nord du pays. Coup d’Etat, en définitive, rondement mené, dans toute sa laideur, alors que le pays s’apprête à organiser des élections présidentielles pluralistes.

Des fous en kaki, mégalomanes et hantés par la puissance existent partout, même dans les pays à vieille tradition démocratique. Mais le plus inquiétant c’est la facilité avec laquelle, la prise du palais de Koulouba s’est déroulée, pratiquement sans coup férir. Un président de la République élu aux suffrages universels puis réélu, se fait déloger de son palais au petit matin par des hommes de rang et le pays reste calme. Quelques timides déclarations de principe en provenance des chancelleries étrangères puis rien. Sur le terrain même, c’est presque un jour comme les autres. Constitution suspendue, institutions dissoutes, tous les artifices de la République mis entre parenthèses, du jour au lendemain, et tout le Mali dans l’indifférence. Aucune voix ou presque pour sonner la résistance depuis l’intérieur. Un silence éloquent de la part des supporteurs présumés du régime.

A la décharge du Mali qu’il n’invente rien en matière de remise en cause brutale d’un ordre démocratique en cours dans l’espace francophone africain : Madagascar, Congo Brazzaville, Congo Démocratique, Togo, Mauritanie, Niger, Guinée Conakry, Côte d’Ivoire, sans oublier les bruits de bottes étouffés au Burkina Faso. Et si le Mali est tombé comme un fruit trop mur c’est parce qu’il n’y avait plus de solution politique aux problèmes du pays. Règne en demi-teinte de Alpha Omar Konaré dont la réélection en 2002 s’est déroulée sur fond de boycott des opposants de l’époque ajouté au règne de Att qui consacre la fragilisation à outrance du débat politique par une décennie sans opposition au nom d’un consensus absolu. Un déficit du politique qui ouvre la voie à d’autres expédients. Les Maliens ont préféré le recours aux militaires. La solution aurait pu être le recours aux milieux mafieux. Surtout que la France pressentie pour jouer au sauveur à tout simplement renvoyé Att à aller « négocier » avec ses rebelles du nord. Lâchage aux senteurs d’une humiliation.

Aujourd’hui plus qu’hier, l’« Afrique de la France » doit comprendre que la politique doit être faite par des politiciens et non par des messies autoproclamés. La conscience démocratique et civique ne s’acquiert que dans des creusets appelés partis politiques. La persistance de la démocratie-sans-partis-politiques en vogue dans les pays francophones africains inhibe entièrement le débat de société et laisse le champ libre à toute sorte de solution-refuge. L’absence de législation stricte sur le financement public des partis politiques apparait d’office comme un permis de voler, de détourner les deniers publics, de mentir, de tromper surtout pour les fonctionnaires non militaires. Ainsi, la frustration qui passe plus facilement avec les jeunes sans emploi, les femmes en milieu rural, les fonctionnaires d’en bas mal payés, les transporteurs rackettés, devient carrément une affaire d’Etat lorsqu’il s’agit des militaires. En refusant aux politiques l’exclusivité de l’animation de la vie publique, on fait croire à chaque citoyen (y compris le soldat) qu’il est un président de la République en puissance, un ministre, un député.

Allez à Bamako pour en voir les conséquences !!!

Par Arimi Choubadé
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