Il n’y a que la politique qui la passionne….

lundi 26 mars 2012 par Arimi Choubadé

Qui a dit qu’il n’y a pas de société civile au Bénin ? Les voilà tous sur le pont : Orden Alladatin, Joseph Djogbénou, Martin Assogba, Social Watch, Alcrer etc… Tous en éruption face au projet de révision de la constitution. Une débauche de passion et d’intérêt exceptionnelle, encore une fois. Rhétorique enflammée, appel à la mobilisation générale, démonstration de muscle, menace d’embraser les rues. Les révisionnistes sont avertis ; la société dite civile désormais prête à « verser son sang » afin d’empêcher la modification de la loi fondamentale. Pareil déchainement de passion remonte aux tentatives de révision constitutionnelle en 2005 ou en plus récemment en 2007 à l’occasion de la révision de l’article 80 de la constitution. Ajouté à cela, la célèbre grande tradition de la société civile béninoise à savoir les élections. Impossible d’évoquer la chose électorale au Bénin sans provoquer des réflexes pavloviens auprès d’activistes se réclamant de cette société civile. Ils finiront d’ailleurs par obtenir une consécration de la Cour constitutionnelle avec la présence imposée de ses représentants au sein de la Commission électorale nationale autonome (Cena) et ses démembrements. Pas de politique donc au Bénin sans la société civile.

Evidemment, un tel béguin pour la révision de la constitution, les élections, les nominations aspire tout sur son passage et ne laisse la place à rien d’autre. Les quasis monopoles dans la fourniture et la distribution d’eau et d’électricité ainsi que les augmentations criminelles de leur coût de consommation ne suscitent pratiquement aucune fièvre sur le front social en dehors de quelques timides réactions sans lendemain de quelques organisations syndicales. La vie chère, ailleurs motif d’excitation absolue pour la société civile ne signifie pas grande chose ici. Jamais d’éruption de rue pour un projet d’infrastructure nuisible à l’écosystème ou objet de nuisance pour les populations. Le faible réseau de macadam de Cotonou est envahi quotidiennement par des camions anarchiquement stationnés plongeant la ville dans une crasse innommable et permanente sans que les porteurs d’opinion ne s’émeuvent.

Les abattages d’arbres incontrôlés et les destructions sauvages de végétations à buts lucratifs dans plusieurs localités du pays ; les dégradations de sol provoquées par la production de certaines cultures de rente telles que le coton ; les projets d’urbanisation nuisibles à la préservation des patrimoines historiques ; aucun de ses sujets ne donnent lieu aux mobilisations observées sur des sujets liés à la politique politicienne. Même la question de l’éducation et des crises à répétition dans les écoles ne suscitent chez la société civile aucune initiative visant à proposer des solutions durables et une mobilisation générale visant à faire bouger les lignes. Il suffit d’attendre l’avènement d’un processus électoral pour la revoir se livrer en spectacle à l’occasion de la désignation de ses représentants à la Cena et dans ses démembrements. Des opportunités de rente très prisées puisqu’il a en dessous des perdiem, des frais de mission, des marchés gré à gré, des possibilités de chantage sur les candidats et autres avantages pécuniaires et bassement matériels.

On connait les sempiternels prétextes de manque de moyen et de financement lorsqu’il s’agit d’actions sociales autour des questions de développement. Mais on pourrait retourner l’interrogation autrement et se demander d’où viennent les moyens mobilisés en conférence de presse, en émissions télé et radio, en mobilisation lorsqu’il s’agit de constitution, d’élection ou de formation de gouvernement. Dire qu’il existe des subventions publiques visant à aider les associations de consommateurs malgré leur légendaire apathie. Plus personne ne s’étonne d’ailleurs de constater que le renouvèlement de la classe politique se fait généralement avec d’anciens activistes de la société civile. La politique et la société civile. Si proches et si identiques.

Les deux faces d’une même médaille ???

Par Arimi Choubadé
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