Un K.O., ça suffit, deux K.O, c’est suicidaire…

mercredi 28 mars 2012 par Arimi Choubadé

Abdoulaye Wade, héros national pour avoir reconnu l’évidence de son échec face à la déferlante hostile sortie des urnes au soir du second tour. Héros, également, Macky Sall consacré par l’écrasante majorité des Sénégalais. Félicitations aussi au peuple sénégalais pour sa discipline durant le processus électoral. Indifférence et cynisme, par contre, à l’égard de tous les anonymes qui ont payé de leur sang le combat contre la candidature de trop. Le Sénégal est content, adulé, félicité. Le vaincu aurait téléphoné au vainqueur le soir même, juste à la fermeture des bureaux de vote. Alléluia ! Vive la démocratie ! 15 morts pour ça. Pour qu’une démocratie égarée se remette sur les rails. Les gesticulateurs de s’empresser d’établir un parallèle opportuniste entre le coup d’Etat poussif chez le voisin malien et le dénouement à la Wade. Le jour et la nuit en somme.

Qu’on en vienne à célébrer un coup de fil de vaincu quelle que soit sa promptitude, avec autant de faste et de fébrilité, est symptomatique de la pauvreté démocratique en « Afrique de la France ». L’événement célébré, par tous, avec autant de débordement, c’est qu’un processus électoral se soit déroulé, relativement sans heurt ; fait rarissime pour cette partie du continent pour être souligné à grands traits. L’effectivité d’un second tour dans un contexte de K.O dès le premier tour serait déjà un fait exceptionnel. D’ailleurs le concert de congratulations a vite fait de faire oublier que Wade fut l’inventeur des K.O dès le premier tour en 2005, à la surprise générale. Son désormais célèbre coup de fil « absoluteur » du soir du 25 mars 2012 a mis sous éteignoir beaucoup d’autres fumisteries de son régime : la dizaine de révision constitutionnelle unilatérale, la folklorisation des institutions, le boycott des législatives par les opposants, la tentative d’instauration d’un ticket présidentiel consacrant son fils comme dauphin constitutionnel. Le M23 né le 23 juin 2011 marquait le début des tueries au Sénégal dans la longue marche contre une troisième candidature.

Le flou et l’approximation ont toujours caractérisé ce modèle démocratique que l’ « Afrique de la France » tente de célébrer depuis 1960. A l’image de ce long règne monopartite de fait du Parti socialiste sous Senghor puis Diouf (40 ans) très répressif vis-à-vis des opposants dont un certain Abdoulaye Wade. C’est dans ce même Sénégal, modèle démocratique qu’un président de Conseil constitutionnel a été froidement assassiné en plein processus électoral. Puis les 12 ans de la java wadiste enfin écourtée par un ancien lieutenant. Sans oublier la plaie hideuse casamançaise dont personne ne connait les motivations réelles. En résumé, le modèle sénégalais ne tient pratiquement qu’à deux gestes de galanterie politique, deux barouds d’honneur, c’est-à-dire deux « petits coups de fil », l’un de Diouf à Wade le 20 mars 2000 et l’autre de Wade à Macky 12 ans plus tard.

Il n’y a pas de raison que l’histoire ne se répète encore une fois et que la logique d’encensement du faux modèle ne se pérennise. La probabilité que Wade soit absout sur la base de son appel téléphonique du 25 mars 2012 est très forte. En tant que juriste, Wade est bien placé pour savoir que même la simple tentative d’une infraction aussi grave que la confiscation de pouvoir ou le tripatouillage des textes fondamentaux de la République ayant entrainé la mort de plusieurs citoyens est punissable. Peut-être que le père-protecteur-du-modèle (la France) lui a déjà trouvé une sortie honorable. Senghor a pu se faire immortaliser via l’académie ; Diouf s’est vu octroyer la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). Le prochain pari, c’est la reconversion d’un patriarche de 86 ans, traumatisé par l’infructueuse tentative d’un K.O. de trop. Impossible n’est pas françafricain, dirait l’autre.

Ainsi va le « modèle »…

Par Arimi Choubadé
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