Etre putschiste ou être rebelle…

mercredi 4 avril 2012 par Arimi Choubadé

Le manuel de la démocratie internationale en cours d’édition est sans ambages sur le sujet avec une démonstration grandeur nature sur le théâtre malien, pays de putschistes et de rebelles à la fois. Voyons d’abord la situation des putschistes : tolérance zéro pour le capitaine Sanogo et sa junte sur fond d’unanimisme exceptionnel de la communauté internationale ; rupture de relations diplomatiques ; suspension de l’aide et de la coopération bilatérale ; exclusion temporaire des organismes et organisations ; ultimatum ; injonction d’un retour à la légalité constitutionnelle. Pour compléter le tableau, la Cedeao n’exclut aucune éventualité dans la quête d’une solution à Bamako y compris l’envoi d’une expédition militaire afin de déloger les putschistes du palais de Koulouba. Cela s’appelle de la fermeté face à une remise en cause de la démocratie en Afrique. Intolérable !

Changement de décor à quelques kilomètres de là à l’intérieur des mêmes frontières maliennes, un peu plus au nord, en zone dite rebelle. Là-bas, on dispose curieusement de plus de logistique, d’équipements militaires modernes, de ravitaillements de troupe, d’une audience médiatique internationale extraordinaire. Les représentants du Mnla multiplient conférences de presse, déclarations, contacts diplomatiques dans toutes les capitales occidentales voire dans la sous région africaine. D’ailleurs, quelques semaines plus tôt, c’est le chef de la diplomatie française, le très charismatique Alain Juppé lui-même qui se faisait presque entremetteur en enjoignant au président Amadou Toumany Touré d’aller tout bonnement négocier avec les rebelles. De reconnaissance de belligérance claire et nette. A la fin, pas d’appui ni en logistique ni en armement pour l’armée malienne à l’assaut des rebelles du nord. Par contre, intransigeance et démonstration de muscle et de puissance face aux putschistes. Ainsi va la démocratie internationale.

Les Maliens peuvent s’estimer heureux peut-être parce qu’il y a eu pire que la simple reconnaissance tacite d’une rébellion armée. On a déjà vu dans un passé récent les nations unies adopter des résolutions et des recommandations immédiatement exécutées en faveur d’insurgés armées. La Libye de Kadhafi et la Syrie de Bachar El Assad en savent quelque chose. Cette différence de traitement de la part de la communauté internationale, selon qu’on soit rebelle ou putschiste explique pourquoi des dizaines de milliers de jeunes Africains et Ivoiriens ont pour idole Guillaume Sorro, ancien rebelle aujourd’hui deuxième personnalité de l’Etat après une dizaine d’année comme chef du gouvernement à moins de 40 ans d’âge (officiellement). Une fulgurante ascension obtenue au bout de fusil et grâce à la posture, désormais très prestigieuse, de chef rebelle. Il n’aurait pas eu pareil parcours s’il avait réussi un coup d’Etat contre Laurent Gbagbo quel que soit le degré d’impopularité de ce dernier sur la scène internationale.

Il y a quelques variantes, cependant, dans cette reconnaissance de belligérance qui en rajoutent aux contradictions de la diplomatie mondiale. En effet, Ingouches et Tchétchènes ne pourraient jamais rêver de pareille couverture internationale de la part du Conseil de sécurité de l’Onu où siège la Russie. Idem pour les Tibétains dans leur combat contre la domination chinoise. On voit bien toutes les peines que se donnent les différents groupes armés palestiniens en quête de la reconnaissance d’un Etat indépendant. A peine si certains soutiens occidentaux de l’Etat d’Israël (Usa en tête) ne traitent les combattants palestiniens d’instruments d’organisations terroristes. Dans tous les cas, il vaut mieux être rebelle que putschiste.

Etre Sorro qu’être Sanogo…

Par Arimi Choubadé
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