Ni pour ni contre la révision…

mardi 10 avril 2012 par Arimi Choubadé

N’y voyez surtout pas un ninisme de mauvais aloi ou une envie de faire le pitre sur un sujet aussi sérieux que la révision de la constitution. Juste le refus de participer à un débat dont l’intérêt est loin d’être évident. Pour l’heure, on a droit qu’à une regrettable cacophonie, une véritable foire d’empoigne où tous les coups sont permis. Occasion pour tous les acteurs de la vie publique (classe dite politique, société dite civile, personnalités, responsables d’institutions) de faire étalage des tares du vivre-en-commun des Béninois. Vivre-en-commun fait de suspicion, de traitrise, de médisance, de rumeurs, d’invectives, d’intolérance, de ruse et de félonie. Les gars de « Sursaut patriotique » y ajouteraient le vandalisme après les lacérations constatées sur leurs affiches « Touche pas à ma constitution » dans les rues de Cotonou. Curieuse atmosphère autour d’une question sensée insuffler une fonctionnalité plus efficiente aux institutions républicaines.

On imagine l’inconfort de la posture du ninisme dans cette ambiance délétère. Chaque camp compte et recompte ses partisans et ceux qui n’y figurent pas sont littéralement pris en adversité voire en inimitié. Surtout lorsqu’on considère les rentes, les strapontins et les passe-droits en jeu dans cette affaire. Le pire, c’est l’inorganisation chronique des clans en présence. Absence criarde de structuration, de stratégie clairement définie, de coordination ni chez les partisans de la révision immédiate ni chez les adversaires présumés du processus. Autant d’acteurs autant de prises de position. On peut rencontrer deux partisans de la révision avec des visions tout à fait différentes pour ne pas dire divergentes. Ce n’est pas la lumière, non plus, chez les adversaires de la révision. Des nids d’incongruités que sont les arguments développés de part et d’autre. Un véritable dialogue de sourds, dans une cohue généralisée.

Mais le fait de ne pas choisir entre révisionnisme primaire et statut quo n’est pas forcément un signe de défaitisme ou de résignation. Un autre discours est bien possible dans cet univers d’affrontements. D’abord, les Béninois n’inventent rien en matière de pluralisme démocratique. Ils sont passés par presque toutes les formes d’organisation de l’Etat, de la royauté au renouveau démocratique en passant par le système à trois présidents de la République (le monstre à trois têtes), le présidentialisme négro-africain, la révolution marxiste léniniste etc… A la conférence nationale des forces vives de février 1990, les délégués ont par consensus opté pour le multipartisme intégral consacrant l’exclusivité de l’animation de la vie publique par les partis politiques comme cela se fait dans toutes les grandes démocraties au monde. Ces creusets représentatifs regroupant des citoyens de divers horizons, tendances, compétences, origines sociales ont la mission de concevoir le modèle de société conforme aux aspirations du peuple. En d’autres termes, le débat sur le type de constitution, c’est à dire le type de système politique ,est prioritairement le débat des partis politiques en conformité à leurs projets de société respectifs.

On convient, cependant, que le fonctionnement actuel des partis politiques au Bénin ne correspond à aucun des modèles réussis connus au monde. On ne peut logiquement pas confier la révision de la constitution à des clubs qui se comportent tantôt comme des couvents, tantôt comme des organisations mafieuses ou parfois comme des sociétés secrètes de cooptation et de compromission. Le Bénin a donc besoin de rentrer enfin dans l’ère des Etats modernes à travers une règlementation conséquente de son système partisans. La priorité des priorités, c’est de se pencher sur les soubassements même du multipartiste à savoir les partis, leur financement, leurs organisations, leurs gestions. Alors seulement on peut parler de quel modèle de constitution.

Le débat sur le modèle de constitution peut donc attendre l’achèvement de celui sur les partis…

Par Arimi Choubadé
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