Les dégâts du consensus…

jeudi 12 avril 2012 par Arimi Choubadé

Le Mali, encore le Mali. Bel exemple de la gouvernance dite consensuelle. Dix ans durant, le « général de la paix » a excellé dans un exercice de trapéziste d’un genre bien particulier à savoir marché sur des œufs. Depuis le palais de Koulouba à Bamako, Amadou Toumany Touré a choisi de rester à équidistant de tous les grands défis qu’il prenait soin de ne jamais trancher définitivement. Comme au bon vieux temps de la République enchantée du parti unique où il devrait faire bon vivre pour chacun et pour tous. Avec en moins la répression ostentatoire au bout du fusil, du bâillonnement des médias, des prisonniers politiques ou des exiles forcés. Il a fallu la déliquescence du modèle et la déflagration généralisée à Kidal, Tombouctou, Gao voire Bamako pour se rendre compte que la recette avait laissé en rade plusieurs acteurs de premier plan à savoir la grande muette (l’armée), les minorités ethniques du nord ainsi que les partis et associations anticonformistes.

A peine sorti de l’absence de dialogue sous l’ère Alpha Omar Konaré (dont la réélection en 1997 s’est effectuée sur fond de boycott des élections par l’opposition), le Mali plonge dans une République de muets. Le fameux consensus mou. Une sorte de dictature douce grâce à une collusion insidieuse entre médias, religions, partis politiques, associations, institutions. Le règne de la compromission et des convenances sur tous les grands sujets de la nation. Des imams pouvaient ouvertement et victorieusement défier la représentation nationale suite au vote d’un code des personnes jugé trop favorable aux droits des femmes et des enfants. Des trafiquants de drogue peuvent échapper à la justice par le truchement d’une spectaculaire évasion « consensuelle ». De la même manière que des preneurs d’otage pouvaient bénéficier de complaisantes négociations pendant qu’ils étaient traqués sans pitié dans les pays voisins en Algérie, en Mauritanie, au Niger. Au moment où l’armée nigérienne s’est déployée à sa frontière nord afin de contrôler et de désarmer les combattants venus de Libye, le pays du consensus mou fermait les yeux. Dans ce pays du consensus mou, généraux, soldats et autorités administratives détalent sans combattre l’avancée de groupuscules armés sans orientation fixe.

La conséquence du consensus ce n’est rien d’autre que le remplacement des rapports de forces démocratiques : un déni du débat d’idée au profit des combines et des arrangements. C’est pourtant ce principe que les sages constitutionnels béninois ont érigé en socle « invisible » de la constitution. Un principe virtuel qui, bien que n’étant consacré par aucun article du texte fondamental, s’impose à toutes ses dispositions. Le pire, c’est que personne ne connait la définition « constitutionnelle » du concept ni son quantum. Il n’y a que dans le secret de l’antre des sages qu’on peut dire avec exactitude à quel moment s’apprécie la réalisation du consensus et quels en sont les caractéristiques. Le consensus à 7 (du nombre des membres de la Cour constitutionnelle) en quelque sorte.

On a déjà vu la manifestation de l’application du consensus en 2007 lorsque les députés se sont vu refuser leur droit de pouvoir réviser la constitution par la majorité qualifiée des 4/5ème prévue par la constitution, sur décision des sages. Difficile de dire finalement à quoi rime le concept qui oscille finalement entre antiparlementarisme, dictature du juge constitutionnel et suppression pure et simple de la démocratie représentative. Ce n’est plus une exigence « temporaire » nécessaire au cours d’un forum spécial comme celui de la conférence nationale. Il est carrément élevé au rang de mode de gouvernance au détriment même du régime politique en vigueur au point où majorité et minorité deviennent désuètes et caduques.

Pourvu que le consensus ne transforme la Marina en un Koulouba bis…

Par Arimi Choubadé
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